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Rencontre avec Edgard Soukpon, Président de Convergence 2011 : « Le Changement ne s’arrêtera pas en si bon chemin »
(Aube Nouvelle 12/11/2009)


Quelles sont les attributions réelles d’un Chef de cabinet aux côtés d’un Président de la République ? Pourquoi avoir créé Convergence 2011 alors que les FCBE et l’UMPP ont déjà du mal à se dinstinguer ? Que dire de la sanction infligée par la HAAC à la radio CAPP FM. Voilà autant de questions auxquelles s’est prêté Edgard SOUKPON pour la rédaction de votre quotidien et pour la radio Urban « FM » de Parakou.

Monsieur Edgard SOUKPON, vous exercez la fonction de Chef de cabinet du Président de la République. En quoi consiste exactement votre mission auprès du Chef de l’Etat, le docteur Boni YAYI ?

Depuis mai 2006, le Président de la République, le Docteur Boni YAYI m’a effectivement fait l’honneur et la confiance de me nommer à ses côtés comme Chef de cabinet. La mission du Chef de cabinet est essentiellement politique. C’est vrai qu’il y a quelques aspects administratifs. J’organise les audiences du Président de la République avec son Chef de protocole et la Secrétaire particulière. Je gère les relations privées du Président de la République, j’assiste la Haute autorité dans ses rapports avec les Chefs traditionnels et les partis politiques. J’assure également une bonne partie de ses correspondances privées et j’organise avec l’intendance ses voyages.

Vous étiez sans doute proche de Boni YAYI avant avril 2006 ?

Bien sûr. Notre première rencontre remonte à l’année 2003. Je dirigeais un mouvement qui s’appelait l’Union Fraternelle et Patriotique pour la République (Ufpr). Donc nos tout premiers contacts ont eu lieu en ce moment là. Par inspiration, je me suis engagé à ses côtés pour susciter et soutenir sa candidature pour l’élection présidentielle de 2006.

Donc vous faites partie du premier cercle qui a soutenu la candidature du Président Boni Yayi.

Incontestablement.

Vous-même avant d’occuper ce poste auprès du Président de la République, quel a été votre parcours professionnel et politique ?

J’ai été après l’Université, assistant du Chef de la Circonscription urbaine de Cotonou. Puis après, j’ai été associé au Programme de formation professionnelle continue du Ministère de la Fonction publique en tant que consultant. J’enseignais à l’Infosec, à l’Université virtuelle africaine, à l’Institut d’Abraham Voglozin et au Centre d’éducation à distance (Ced). Voilà les quatre centres que je fréquentais pour enseigner la rédaction administrative aux Agents permanents de l’Etat. La Police nationale aussi m’appelait pour ses stagiaires. J’étais dans ces centres de formation quand Sévérin Adjovi, alors Ministre de la culture, de l’artisanat et du tourisme, m’a appelé pour me proposer le poste de Directeur adjoint de l’Hôtel de la Plage. C’est un hôtel qui est sous tutelle de l’Etat et donc j’ai accepté et j’ai été nommé en 1999, Directeur adjoint de l’Hôtel de la Plage. C’est de là que je suis parti pour être Chef de cabinet du Président de la République. Dans le domaine politique, depuis le cours primaire, j’ai été toujours responsable de classe. Au cours secondaire, j’ai fait le Ceg Sainte Rita où j’ai été élu premier responsable de l’établissement en 1983-84. A l’université, j’ai fais l’Ecole nationale d’administration où j’ai été aussi responsable d’entité. Après, j’ai été le Secrétaire général du Conseil central fédéral de la Fédération nationale des étudiants du Bénin, la FNEB. J’ai créé mon premier parti politique, l’Alliance pour la démocratie et la solidarité (Ads) en décembre 1992 et je me suis engagé au côté du Président Soglo pour faire alliance avec la Renaissance du Bénin que j’ai quitté après pour soutenir le Président Kérékou pour ses deux mandats de 1996 à 2006. Lors du dernier mandat de Kérékou, d’autres personnes et moi avions porté sur les fonts baptismaux, un autre parti politique qui s’appelle Union fraternelle et patriotique pour la République (Ufpr). Après plusieurs conclaves, nous avions décidé de susciter et de soutenir la candidature de Boni Yayi. Dans ce cadre, nous avions installé le Bureau central intérimaire (Bci) sous la présidence directe de Boni Yayi qui est descendu de Lomé pour présider ses activités. Nous avions installé le Bci puisque les actions étaient pêle-mêle, les mouvements étaient nombreux et personne n’arrivait à canaliser les marches de soutien. C’est comme ça que nous avions pensé à une structure qui passera après la main à la Direction nationale de campagne. Et cette structure, c’est le Bci et j’en étais le Secrétaire général et l’ancien Ministre Moïse Mensah en était le Président. C’est cette structure qui a coordonné toutes les activités jusqu’en janvier-février 2006, quand nous avions installé la direction nationale de campagne.

Vous êtes le président de l’Union fraternelle et patriotique pour la République (Ufpr). Est-ce que c’est ce parti qui a servi de creuset pour créer Convergence 2011 ? Et pourquoi ?

Ce n’est pas ce parti là seulement. Parce que Convergence 2011 n’est pas un parti politique. C’est un regroupement politique composé de partis, de mouvements, d’associations et de personnalités. L’Ufpr est membre de Convergence 2011.

Qu’est-ce qui a justifié la création de Convergence 2011 sachant qu’il y a un autre creuset à savoir les Fcbe ?

Nous faisons partie des créateurs ou des fondateurs des Fcbe au lendemain de l’élection du Président Boni Yayi qui avait pensé qu’il fallait avoir un grand creuset. Les analyses et propositions ont débouché sur les Fcbe (Forces cauris pour un Bénin émergent) dont nous sommes signataires des documents fondamentaux. Après, d’autres sont venus mais ne voulaient pas de l’adhésion aux Fcbe et le Chef de l’Etat leur a concédé cette liberté. Les différentes concertations ont abouti à la création de l’Umpp (l’Union pour la majorité présidentielle plurielle). L’une des dispositions de la Charte des Fcbe stipule que les mouvements qui le souhaitent peuvent se mettre ensemble pour plus de synergie d’action. C’est cette disposition que nous autre nous avions exploité et parce que nous avions constaté que l’Umpp et les Fcbe constituent une très grande famille et qu’il fallait donc laisser chaque membre de la famille se libérer et s’affirmer. C’est ainsi qu’un certain nombre de partis politiques et surtout les anciens, ceux qu’on appelait de la première coalition de Boni Yayi, qui manifestaient depuis des mécontentements se sont dit : « mais retrouvons nous pour vider notre mécontentement, pour nous parler. » En tant que Chef de Cabinet du Président de la République, de par mes attributions, je recevais les membres de cet ensemble. Ils n’ont pas hésité à me demander de prendre la direction d’un Comité préparatoire de ces retrouvailles. Ce que j’ai fait avec d’autres et nous avions préparé la rencontre. Cette Assemblée générale de retrouvailles s’est bien déroulée, les gens se sont vidés et puis après nous avions demandé pardon pour les frustrations que certains ont ressenti. Ils ont dit qu’ils ne vont pas se disperser mais qu’il fallait se retrouver régulièrement à travers un creuset pour essayer de regarder l’avenir. Nous avions donc demandé qu’ils nous donnent deux semaines pour réfléchir à ce creuset- là et nous allions les rappeler pour leur rendre compte. Les réflexions de deux semaines ont abouti à la création de Convergence pour le changement et l’émergence du Bénin en 2011. L’émergence du Bénin en 2011 parce que l’opposition, à travers ses conclaves, lance des messages qui tendent à soutenir qu’il faut arrêter la dynamique de l’émergence en 2011, qu’il faut changer de chauffeur, etc. Nous avions dit : « l’émergence et le changement ne s’arrêteront pas en 2011. » Donc il faut la continuité de l’émergence et du changement en 2011. D’où en abrégé, Convergence 2011. Convergence parce que nous sommes d’horizons divers, nous n’avons pas forcément les mêmes points de vue. Ce qui nous unit, c’est Boni Yayi. Donc essayons de faire converger nos efforts, nos idées, pour permettre à l’émergence et au changement de continuer en 2011.

Est-ce que tout se passe bien au sein du creuset Fcbe et ensuite au sein de la grande famille présidentielle que constitue l’Umpp ?

Ils ont voulu créer un problème au départ mais je leur trouve raison. Selon Fcbe, Convergence 2011 devrait s’arrêter après l’Assemblée générale où on s’était vidé. Ils n’avaient pas pensé que ce serait un creuset actif comme ils le voient aujourd’hui sur le terrain. Mais nous avions expliqué qu’au fait c’était une des exigences de l’Assemblée générale et qu’en plus les dispositions des Fcbe permettent que d’autres creusets naissent à l’intérieur par affinités. Ils ont compris et à partir de ce moment tout se passe bien. Quand la famille Convergence est sur le terrain ou organise une activité, elle associe Fcbe et l’Umpp comme parrains. Nous sommes les enfants d’une grande famille. La spécificité est qu’on a décidé d’occuper le terrain politique par des activités. On a trois mois d’existence mais pour les observateurs nous occupons le terrain.

Mais comme pour certains regroupements politiques, on pourrait vous reproché une présence exclusive au Sud. Est-ce que Convergence a une présence dans le septentrion ?

Nous avons notre stratégie politique pour le Nord. Nous avions commis des gens qui, spontanément d’ailleurs, ont adhéré à Convergence 2011 et sont en train de travailler. Il y a des personnalités dans l’administration au Nord et qui travaillent. Mais nous n’avons encore procédé à aucune installation officielle dans le Nord. Le 21 novembre, le Borgou nous appelle pour installer la délégation départementale du Borgou. Donc notre première entrée dans le Nord se fera par le Borgou et précisément à Parakou. Tout le Nord est en effervescence. Il y a beaucoup d’adhésions et aussi des gens qui réfléchissent et sensibilisent. Mais officiellement, le travail va commencer par le Borgou, le 21 novembre.

Il y a actuellement une effervescence qui annonce l’élection présidentielle et les législatives de 2011, au point où des gens scrutent les actions du Chef de l’Etat et ses moindres déplacements sont pris comme des déplacements politiques. D’aucuns estiment que ce n’est pas un homme de dossier, qu’il est un Chef d’Etat qui est tout le temps sur le terrain. Qu’est-ce que vous en dites ?

Le Chef de l’Etat est un homme de dossier et personne ne peut prouver le contraire de ce que je dis. D’ailleurs, son parcours professionnel prouve que c’est un homme de dossier. Il l’a prouvé à la Bceao, à la Boad. Et durant les trois ans qu’il vient de passer à la tête de l’Etat, avant d’être sur le terrain, ce sont des dossiers qu’il faut d’abord boucler. C’est également un homme de terrain, parce que nous avions reproché au Président Kérékou que ses trajets, c’étaient filaos-Marina-filaos. Nous avions également dit que le désordre qui se passait était dû au fait que le Président Kérékou n’est pas présent sur le terrain et qu’il se contente seulement des rapports qu’on lui envoyait. Il faut être sur le terrain quand bien même on a confiance en son gouvernement. La confiance n’excluant pas le contrôle, il faut être sur le terrain pour voir si ce qui est écrit se réalise sur le terrain. Le Président Boni Yayi, à son arrivée et après tout ce qu’il a entendu et son pragmatisme, il s’est dit : « il faut que je sois sur le terrain ». Voilà ce qui se fait par le gouvernement et par son Chef. Le gouvernent est aussi sur le terrain comme lui. Ceux qui lui reprochent d’être trop sur le terrain ont tort.

Selon l’opposition, on ne peut pas dire que le Chef de l’Etat n’a pas envie de tirer des dividendes de ses descentes sur le terrain.

A sa place, l’opposition ferait plus que ça. Ils sont plus politiques que Yayi. Politiquement, ils feraient pire que Boni Yayi. On ne peut pas refuser à un Président lorsqu’il est sur le terrain qu’il ne recherche pas la sympathie des populations. La fonction de Président est à la fois un travail administratif et une fonction politique. On ne peut pas dissocier les deux. C’est légitime qu’il soit sur le terrain pour apporter du bonheur à son peuple. Quand vous faites du bien à votre population, c’est normal que vous attendiez que le peuple vous soutienne. Quand on va sur le terrain, on demande au peuple de le soutenir même si c’est moralement pour qu’il puisse aller loin.

Quelle appréciation faites-vous du climat général de la politique nationale ? On sent une sorte de crispation aujourd’hui.
C’est l’opposition qui crée cette crispation. Elle voit tout ce qui est fait en mal, tout ce qui se fait est mauvais et la désinformation qui a cours dans notre pays actuellement est énorme. Un compatriote qui vit en France vient de m’envoyer dans ma boîte les méfaits de la désinformation. Il y a trop de choses que les gens créent et qui n’existent pas, qui sont de pures contre-vérités, qu’ils distillent en Europe et dans la sous-région rien que pour discréditer le gouvernement. L’opposition, au lieu d’être constructive, de faire des critiques saines sur des bases saines qui avancent notre pays, crée tout à fait le contraire. C’est-à-dire rendre confus les esprits des Béninois afin de donner une autre image du Chef de l’Etat dans l’objectif de le faire tomber à l’élection présidentielle de 2011. Au lieu de travailler concrètement en tant qu’opposition en faisant des lectures objectives des réalisations du régime, d’apporter des corrections ou de proposer d’autres alternatives et faire tout ceci sur des bases saines, on laisse tout ça et on dit que chaque acte qui est posé par le régime est mauvais. Nous, on les suit à travers leurs prises de position dans des messages, des émissions et meetings. Ils font croire que plus rien ne va au Bénin. C’est dommage qu’ils créent cette crispation. Nous, notre rôle est d’informer avec la manière la plus objective nos frères, nos sœurs, nos mères, nos parents, les paysans, de ce que le régime fait. Nous reconnaissons ce qui ne va pas et qu’il faut corriger. Mais globalement, le bilan est positif. Ceux qui le savent, le savent et ceux qui ne veulent pas le savoir, c’est ceux- là qui en ont fait l’option. Nous prions Dieu pour qu’il permette à ceux qui ne veulent pas savoir de finir par savoir.

Faire arrêter le maire de Dangbo pour une affaire de 2 640 000 francs CFA, n’est-ce pas là un exemple d’erreur du régime ?

Ce n’est pas une erreur. Voir tout de suite des mains politiques dans cette affaire, moi je dis non. C’est grave qu’au Bénin nous continuons à voir les choses de cette manière-là. Quand vous avez des idées sous-développées, votre pays le sera aussi. Il faut avoir des idées évoluées pour développer sa localité. Dès qu’un seul franc du contribuable public est détourné, ça mérite qu’on vous prenne et qu’on vous pose des questions et qu’on vous demande comment vous en êtes arrivé là. Mais dès que c’est fait tout de suite, on dit que c’est politique. Ce fait ne relève pas du politique mais plutôt du judiciaire.

Certains disent que ce serait étonnant que ce soit la première fois depuis sept ans qu’il y a les mairies, qu’un maire puisse commettre un impair avec des deniers publics et comme par hasard, c’est un maire de l’opposition.

C’est une coïncidence que ce soit un maire de l’opposition. Parce que si ça ne se faisait pas, il faut qu’un jour ça commence à se faire. Ce qui se fait avec le maire de Dangbo, c’est ce qui fait que ce soit un membre de l’opposition ou de la mouvance. Dès que les indicateurs de la bonne gouvernance sont remis en cause, il faut demander des comptes. Ça a peut-être commencé avec le maire de Dangbo mais j’aurais appris que dans le Mono-Couffo, qu’il y a un maire qui est épinglé et qui est de la mouvance présidentielle. Moi je dis même si ça commence par l’opposition, je dis qu’il faut que ça commence. On a vu le Président Yayi, demander qu’on lève l’immunité pour permettre de poursuivre des députés de la mouvance présidentielle. N’eût été ce soutien parlementaire qui existe entre eux, il y a longtemps que des gens seraient en prison. Le Président Boni Yayi, c’est un volontaire pour le développement. C’est la politique politicienne qui le freine sinon on serait loin. On aurait fait plus que ce vous voyez là comme réalisation. On serait beaucoup plus loin.

La suspension de la radio Cap Fm par la Haac. Qu’est-ce que vous pensez de cette décision ? C’est une décision sévère ou normale ?

Ce n’est pas sévère cette décision. Je pense que cette nouvelle Haac est beaucoup plus professionnelle, et s’ils arrivent à cette décision, il faut leur tirer un coup de chapeau. Il faut dire qu’au niveau de cette institution de la République, les choses commencent à changer. Cependant, je leur dirai de toujours avertir d’abord, de ne pas sanctionner au premier coup.

Pour conclure cet entretien, quels seraient vos vœux pour notre pays d’ici 2011 et après ?

Je voudrais que notre peuple épouse de fond en comble le bien. Même si on est de l’opposition ou de la mouvance, que nos interventions puissent amener le pays à évoluer et non à régresser. Je souhaite donc la compréhension. Car c’est la source de toute paix. Je souhaite dans la limite de notre Constitution que le peuple béninois accorde un second mandat au Président Boni Yayi.

Je dirais le contraire si les trois dernières années avaient été passées à faire du mal, à torturer son peuple, notre peuple. Mais puisque les trois années passés ont servi plutôt à chercher en permance le bonheur de ce peuple, par les réalisations d’infrastructures socio-communautaires, par la recherche du mieux-être, l’amélioration des conditions de vie des enseignants, etc., je demande à la classe politique et à tout le peuple béninois, dans la limite de notre Constitution, de lui renouveler le mandat en 2011, dans l’intérêt de notre pays.

Entretien réalisé par Vianney ASSANI

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