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Mokontafé Sacko n'est plus: une grande dame à la voix suave et au sourire ravageur
(L'Essor 27/12/2002)


La musique malienne vient de perdre l'une de ses plus grandes références.

Mokontafé Sacko, figure emblématique de la chanson populaire et griotique du Mali est décédée mercredi 25 décembre à l'âge de 68 ans. Nos compatriotes garderont de cette grande dame le souvenir d'une voix douce et sauve, d'un sourire ravageur dont les ans n'avaient pu entamer l'éclat. Cantatrice des grandes occasions, Mokontafé s'est plue dans son rôle de médiatrice entre ses "Jatigi", et entre le pouvoir et les populations. C'est ainsi qu'elle participera à des campagnes de sensibilisation des femmes pour les congrès des différentes associations, des partis des 1ère et 2è Républiques, et des organisations de jeunes. Il s'agissait alors pour elle d'user de son charme pour convaincre les populations de se mobiliser lors de grands événements politiques, économiques et sociaux.
Pour l'impliquer dans ces différentes campagnes, les autorités profitaient non seulement de son engagement pour les causes nationales, mais exploitaient aussi la grande popularité dont elle jouissait auprès de l'opinion. Une popularité qu'elle doit totalement à la chanson. En effet la défunte fut de tous les combats de la musique malienne de l'indépendance à nos jours.
Selon le communiqué élaboré par sa famille à l'intention de la presse, Mokontafé qui résidait à Dakar est revenue à Bamako avec la délégation dirigée par le président Modibo Kéita à l'éclatement de la fédération du Mali en août 1960. Proche de la famille présidentielle après l'indépendance, c'est elle que Modibo Kéita chargera de rassembler les artistes, chanteurs et instrumentistes, pour former en 1961 le Groupe folklorique du Mali. Mokontafé Sacko démarchera tour à tour Sidiki Diabaté, Mady Tounkara, Binké Sissoko, Loutigui Diabaté, les deux Djélimady (n°1 et N°2), Bah Tounkara, Mory Tounkara, Adama Diabaté, Bréhima Kouyaté, Mamadou Sissoko, Djélimady Sissoko, Guesséré Mama, Nanténénké Kamissoko, Rokia Kouyaté, Fatoumata Diabaté, Fatoumata Kadiane, Saranfing Kouyaté, Wandé Kouyaté Souadou Demba etc… Un premier groupe qui s'associera à Mokontafé pour former le Groupe folklorique.
Ce groupe prend très tôt en charge en plus de l'animation des cérémonies officielles, la revalorisation du patrimoine culturel. Toutes les grandes chansons du Mandé, du Wagadu, de Ségou, du Kaarta, du Sankoré (peulh, sonrhaï et maure) seront révisées sous l'impulsion du directeur de l'époque Bourama Sacko assisté de Mokontafé. Et dès 1963 l'ensemble commence tourner hors de nos frontières. Pour le festival des arts nègres de Dakar, pour Lagos en 1966, avant de se produire en 1978 à Alger. Déjà des créations comme "Bè kagni Fabara", "Finzan", Niènkadi" et "Président" sont forts appréciés. La cantatrice sera également des voyages en Chine, en URSS et USA et d'une longue tournée en Europe occidentale.
D'autres créations de l'artiste comme "Karamoko" (l'enseignant), "Docotoro" (le médecin) ; "Kayes Kaw" (Kayésiens ; "Bè sirabarala" finiront par consacrer son encrage dans la classe sociale malienne.
Mokontafé Sacko s'était donnée pour mission d'harmoniser les relations sociales et fraternelles. Elle fut une pionnière infatigable des causes nationales. Malgré une retraite prise en 1990, Mokontafé continuera de chanter pour les causes nobles. Comme la CAN 2002 à laquelle elle dédia une très belle chanson Elle laisse derrière quatre orphelins et plusieurs petits fils. Dors en paix Mokontafé.
Y. DOUMBIA

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