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L’Etat sénégalais, une contrepartie sûre pour les banques?
(Les Afriques 02/01/2009)


Les risques encourus par les banques sénégalaises ne sont pas relatifs à la solvabilité de l’Etat car ce dernier est à priori une contrepartie fiable, mais plutôt au problème lié au respect des délais de remboursement. Analyse.

Alors qu’un Tsunami sans précédent déferle sur les temples de la finance mondiale entrainant dan son sillage une chute vertigineuse et historique des marchés boursiers et un quasi-effondrement des systèmes bancaires occidentaux, de nombreuses banques africaines, y compris celles du Sénégal, s'interrogent sur les éventuels impacts sur leurs bilans et sur les économies locales.

Le Sénégal a connu ces dernières années une augmentation de son taux de bancarisation, passé de 4 % à 5% en 2007. Ce taux est encore faible, et cette légère embellie peut d’emblée s’expliquer par l’arrivée sur le marché de cinq nouvelles banques, portant leur nombre à 17 au niveau national, mais également par une formalisation progressive de l’économie.

Fonds propres

L’analyse des bilans des banques sénégalaises révèle un bon niveau de fonds propres. Cette situation cadre parfaitement avec la nouvelle réglementation exigeant aux banques de la zone UEMOA de passer leur capital minimal de 5 à 10 milliards de FCFA à l’horizon 2010. Cette importante décision devrait théoriquement avoir pour effet, de permettre aux banques de mener des activités productrices de valeur ajoutée et d’accroître les crédits aux particuliers et aux entreprises, tout en disposant d’une assise financière confortable. Indépendamment de cette nouvelle réglementation, on a pu observer une évolution de l’encours global des crédits des banques, qui était de 1459 milliards en 2007 contre 1252 milliards en 2006. Mais cette évolution, comparée aux totaux des bilans des banques qui étaient respectivement de 2495 milliards en 2007 contre 2137 milliards en 2006, paraît relativement faible. Par conséquent, cette surliquidité structurelle n’exclut nullement de poser le problème lié à l’exposition au risque de crédit pour les banques, du fait de défauts éventuels des ménages et des impayés de l’Etat qui enregistre, selon le ministre de l’Economie et des Finances, une dette de 174 milliards FCFA.

Le dénominateur commun

Les facteurs du défaut de crédit pour les banques privées sénégalaises sont multiples, mais s’articulent principalement autour de deux axes, à savoir, d’une part, des facteurs internes liées aux activités des banques tels que les conditions de remboursement des crédits, le respect des ratios réglementaires, et, d’autre part, des facteurs externes qui dépendent fortement de la situation macroéconomique du pays voire de l’environnement économique international. Mais, qu’il s’agisse de l’Etat, des entreprises ou des ménages, le facteur risque demeure, pour la banque, le dénominateur commun de tout octroi de crédit auquel il se doit de faire face par la gestion optimale de son niveau d’exposition et de l’adéquation de ses ratios de gestion à la réglementation en vigueur.

Globalement, la part des crédits octroyés aux ménages dans l’encours global de crédits des banques sénégalaises est faible. Cette situation liée au faible niveau de bancarisation, a aussi pour corollaire, le risque de défaut que peuvent présenter les ménages dans le cadre du remboursement de leurs crédits. Cette défaillance des ménages est dépendante, en partie, de la situation économique du Sénégal, en l’occurrence de variables telles que le niveau des salaires et le coût de la vie.

Ce non-respect des délais de remboursement a, de facto, des répercussions sur le niveau de l’activité économique du pays car il constitue un frein aux crédits qui devraient, potentiellement, être alloués aux autres agents économiques
Malgré les garanties strictes imposées aux ménages dans le cadre d’octrois de crédits, les banques affichent généralement une aversion aux risques que représentent ces derniers, limitant de façon considérable leur exposition sur cette catégorie de clients.

Solution innovante

Néanmoins, on note une amélioration de la situation avec la création de nouveaux produits permettant à certaines banques de se différencier par rapport à leurs concurrents. Le prêt immobilier sans apport personnel lancé en juin 2008 par le groupe Ecobank constitue un exemple pertinent. L’originalité de ce produit, en termes de couverture du risque est, qu’au delà de l’obligation pour l’emprunteur de domicilier son salaire, 20% du montant du prêt accordé sont bloqués dans un compte d’épargne en guise de garantie. Ces 20% sont remboursables à la fin du contrat de crédit. Ce type de stratégies, permettrait aux banques de revoir les conditions d’octroi des crédits et donc, le niveau de risques afférent aux ménages dans le but, non seulement d’augmenter les créances à leur destination, mais aussi, de participer à l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages bancarisés.

La part de l’Etat

En revanche, la part de l’Etat dans les créances des banques devient de plus en plus importante. En effet, face à des problématiques budgétaires de plus en plus pressantes, l’Etat du Sénégal recourt aux banques afin de résoudre des problèmes de trésorerie à court terme. Les risques encourus par les banques ne sont pas relatifs à la solvabilité de l’Etat, car ce dernier est, a priori, une contrepartie fiable, mais plutôt au problème lié au respect des délais de remboursement. Ce non-respect des délais de remboursement a, de facto, des répercussions sur le niveau de l’activité économique du pays car il constitue un frein aux crédits qui devraient, potentiellement, être alloués aux autres agents économiques à savoir, les ménages et les entreprises.

Dans leurs rapports avec l’Etat, de nouvelles solutions proposées par les banques sénégalaises commencent à voir le jour, à l’image du partenariat entre le gouvernement sénégalais et le groupe Ecobank ou la Banque Atlantique, visant à externaliser les dépenses considérées comme récurrentes dans le budget de l’Etat. Il s’agit, en l’occurrence, des bourses et allocations des étudiants, des primes de motivation des agents vacataires du secteur de la santé, des baux et loyers d’immeubles conventionnés par l’Etat. Ce type d’initiatives permettra également de démocratiser l’utilisation des moyens modernes de paiement car chaque étudiant boursier ou allocataire aura droit à une carte bancaire et s’il le souhaite à un compte d’épargne. C’est également l’opportunité d’impliquer le système bancaire dans le processus des dépenses publiques.

Pour plus d’informations : www.cirafinance.com - infos@cirafinance.com
D’après MN & Partners, Wara Finance

31-12-2008

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