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Le parti du président tchadien Idriss Déby lève l'obstacle à une présidence à vie (Le Monde 28/05/2004)
Une réforme constitutionnelle a abrogé la limitation des mandats successifs à la tête de l'Etat.
Seule la limite d'âge, fixée à 70 ans, bouche désormais l'horizon d'une présidence à vie du chef de l'Etat tchadien, Idriss Déby. En effet, mercredi 26 mai, l'Assemblée nationale tchadienne a adopté, par 123 voix pour, zéro contre et une abstention, un projet de réforme constitutionnelle prévoyant la "levée de la limitation des mandats du président de la République", jusqu'ici fixée à deux.
Ce projet de réforme doit encore être adopté par référendum, mais cette procédure est considérée comme "une formalité" par l'opposition, au regard de la fraude électorale du passé.
Idriss Déby, âgé de 52 ans, pourra donc se présenter à l'élection présidentielle de 2006. Arrivé au pouvoir par la force, en 1990, avant d'être élu en 1996, puis réélu en 2001 à la tête de l'Etat, il était jusqu'à présent supposé abandonner le pouvoir à cette date.
Il s'y était engagé publiquement. En 2001, au lendemain de sa réélection marquée par des fraudes massives, le président tchadien déclarait au Monde : "Je ne serai pas candidat à l'élection présidentielle en 2006. Je ne modifierai pas la Constitution quand bien même j'aurais une majorité de 100 % ! Je le dis haut et fort : ce qui me reste à faire au cours de mon dernier mandat, c'est de préparer le Tchad à l'alternance au pouvoir, une alternance démocratique, pacifique, sans rupture."
TIMIDES CONTRE-FEUX
Depuis, pour éviter au président de manquer à sa parole, un simulacre de légitimation a été organisé par son parti. Réuni en congrés, en novembre 2003, les membres du Mouvement patriotique du salut (MPS) ont proposé "spontanément" de "dépoussiérer", la Constitution.
L'issue de la présentation du projet à l'Assemblée n'a laissé aucune place au doute : le texte devait être adopté par les deux tiers d'une chambre où 115 députés, sur 155, sont membres du parti présidentiel.
L'opposition a tenté de pousser deux timides contre-feux, appelant à l'organisation d'une "journée ville morte", partiellement suivie, et demandant, en vain, que le vote s'effectue à bulletins secrets, dans l'espoir de bénéficier de l'appui de mécontents au sein du MPS. Aucune de ces deux stratégies ne s'est révélée payante. Ses députés ont donc quitté l'Assemblée à la suite d'une altercation avec son président, sans prendre part au vote. Ibni Oumar Mahamat Saleh, seul responsable de l'opposition originaire du Nord, comme Idriss Déby, s'en afflige : "Le pouvoir, à travers l'attitude grotesque du président de l'Assemblée a montré qu'il veut nous mener à la dictature. Nous allons résister par tous les moyens légaux à notre disposition. Il est cependant clair qu'en fermant la voie à tout débat démocratique, M. Déby ne laisse guère de choix aux Tchadiens. Il ne serait pas étonnant que la situation militaire se dégrade..."
Dans la nuit du 16 au 17 mai, une tentative de putsch a eu lieu, organisée, selon des sources recoupées, par des membre du "premier cercle du pouvoir". Sous couvert d'anonymat, un chef rebelle tchadien dont les hommes se trouvent au Darfour, la région soudanaise frontalière du Tchad, affirme avoir été contacté par les putschistes pour appuyer leur mouvement. "Ces gens veulent seulement un changement à la tête du Tchad, sans toucher au reste, mais ils n'ont pas su s'entendre. L'action avait été fixée au lendemain du vote de la réforme à l'Assemblée. Mais une partie d'entre eux a voulu accélérer. Ils sont partis avant les autres et ils ont échoué".
L'échec de l'opération n'a pas éteint le mécontentement des proches du pouvoir, qui est surtout alimenté par la gestion de la crise au Darfour par le président. Les Zaghawas, le groupe ethnique du président qui est installé des deux côtés de la frontière tchado-soudanaise,, sont impliqués dans les mouvements armés qui combattent les forces de Khartoum.
Or, à Ndjaména, les "cousins" d'Idriss Déby se désespèrent de voir les Zaghawas, au Darfour, être écrasés par les forces gouvernementales soudanaises. Le président, tenu responsable de cet échec, doit ainsi faire face à une fronde des siens, qu'il a tenté de juguler en se séparant de responsables de l'armée, des services de renseignement et du coordinateur du projet pétrole, Tom Erdimi, l'un de ses cousins.
Jean-Philippe Rémy
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