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L'opposition conteste les résultats de l'élection présidentielle (Le Monde 13/10/2004)
Les deux principaux rivaux du président réélu, Paul Biya, John Fru Ndi et Amadou Ndam Njoya, ont annoncé leur intention de déposer un recours pour demander l'annulation du scrutin.
Douala de notre envoyé spécial
Les premiers résultats de l'élection présidentielle, rendus publics mardi soir 12 octobre, ont confirmé la victoire annoncée du président sortant, Paul Biya.
Selon les données, encore partielles, communiquées par le ministre de l'administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya, le président Biya, au pouvoir depuis 1982, est arrivé en tête dans neuf des dix provinces, alors que le taux de participation national se situerait entre 80 % et 85 %.
Les deux rivaux du président sortant, John Fru Ndi, du Front social-démocrate (SDF), et Amadou Ndam Njoya, de l'Union démocratique du Cameroun (UDC), à la tête d'une coalition de partis d'opposition, seraient largement distancés.
Se basant sur les résultats de 20 des 58 départements du pays, le ministre a fait état, notamment, de la victoire écrasante de M. Biya dans le Centre, son fief (entre 80,3 % et 97,9 % des suffrages), et de sa percée dans deux départements du Sud (99,69 % et 98,51 %). Même dans la ville frondeuse de Douala, la capitale économique du pays, M. Biya aurait recueilli plus de la moitié des voix.
Aussitôt, John Fru Ndi et Amadou Ndam Njoya ont annoncé leur intention de déposer un recours pour demander l'annulation du scrutin. L'un comme l'autre affirment que l'ampleur des fraudes a perverti l'élection, mais évitent de rappeler que leur maigre score doit aussi à leurs dissensions d'avant l'élection. Ils se gardent, surtout, d'appeler leurs militants à descendre dans la rue pour contester les résultats.
"JOURNÉE COMME LES AUTRES"
M. Ndam Njoya, qui insiste sur son respect de la légalité, affirme préférer se consacrer à appuyer sa réclamation sur les "très nombreux cas où la fraude, d'une grossièreté incroyable, a été démontrée".
Si la stratégie du candidat de la coalition de l'opposition coïncide avec celle de son allié d'hier, M. Fru Ndi, les relations avec la formation de ce dernier, la plus importante de l'opposition, sont au plus bas. M. Ndam Njoya avoue en être accablé : "A Bamenda, dans le fief de John Fru Ndi, raconte-t-il, nos militants ont été bastonnés par des membres du SDF, qui les ont empêchés d'entrer dans les bureaux de vote. Avec le parti au pouvoir, honnêtement, c'est blanc bonnet et bonnet blanc."
Ces disputes, comme ces résultats, laissent de marbre l'homme d'Eglise le plus engagé dans la politique camerounaise. Assis dans le salon de l'archidiocèse, dans la chaleur étouffante de la saison des pluies, le cardinal de Douala, Mgr Toumi, ne ressemble plus au prélat tout feu tout flamme qui était le compagnon de route des opposants camerounais, SDF en tête, lorsqu'ils organisaient les "villes mortes" au début des années 1990, un mouvement qui fit vaciller le pouvoir de Paul Biya.
Le cardinal, à qui l'on prêtait, quelques mois avant la présidentielle du 1er octobre, l'intention d'abandonner la pourpre pour se lancer lui aussi dans la course au pouvoir, a tiré le premier les leçons d'un scrutin sans enjeu véritable. "Ce n'est qu'une journée comme les autres, soupire-t-il, l'essentiel n'est pas dans la contestation des résultats, mais dans le fait qu'à cause de notre histoire politique beaucoup de gens ne songent même plus à aller voter."
La veille, Mgr Toumi est allé glisser son bulletin dans l'urne, après avoir sillonné Douala de bureau de vote en bureau de vote à la recherche de la liste où figurait son nom, égaré comme celui de tant d'autres.
A présent, indifférent au résultat du scrutin, il contemple l'état de son pays d'un œil triste : "En 1990, pendant les "villes mortes", les Camerounais étaient décidés à obtenir le changement, coûte que coûte. Les pneus brûlaient partout dans cette ville. Il y a eu des morts. Beaucoup de gens ont tout perdu, et rien n'a changé. Maintenant, ils ont perdu jusqu'à l'espoir. Songez que, à Douala, s'est instaurée dans les familles les plus pauvres la loi des "trois tours" : certains membres de la famille se contentent d'un repas le matin, d'autres du déjeuner, et les derniers de celui du soir. Celui qui ne peut pas nourrir sa famille, comment peut-il être en paix ?", s'interroge le cardinal d'une voix à peine audible.
Jean-Philippe Rémy
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