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Paul Biya reste sans surprise au pouvoir (Le Figaro 14/10/2004)
Sans surprise, Paul Biya est en passe de se succéder à lui-même pour un nouveau mandat de sept ans. Selon les premières estimations du scrutin organisé lundi dernier, le président sortant, au pouvoir depuis 1982, arriverait en tête «dans neuf des dix provinces du Cameroun». Les experts gouvernementaux estimaient dès lundi soir que Paul Biya devrait recueillir entre 60% et 70% des voix.
L'opposition, incapable en dépit de mois de négociations de désigner un candidat commun, est la grande perdante. Les principaux prétendants, John Fru Ndi du Social democratic front (SDF) et Adamou Ndam Njoya, candidat de la Coalition, ne dépasseront pas, respectivement, 16% et 8%. Les onze autres candidats en course se partageraient pour leur part les bulletins restants.
Sans surprise non plus, le SDF et la Coalition ont immédiatement repoussé ces résultats, accusant le pouvoir d'avoir mis en place «une fraude massive». «Toute cette élection n'est qu'une mascarade», s'agace Ndam Njoya en dénonçant «le scandale des cartes d'électeurs multiples ou non distribuées».
Si les missions d'observation de la francophonie et du Commenwealth n'ont pas encore dévoilé leurs conclusions, plusieurs membres reconnaissent en effet l'existence de problèmes. «Il est évident que la distribution des cartes d'électeur aux citoyens ne s'est pas bien passée. Mais hormis cela, l'organisation a été, selon nous, satisfaisante», explique-t-on à la Francophonie. Au Commenwealth, on se montrait nettement plus critique sur ce dysfonctionnement.
Au siège du SDF où, à la veille du vote, on brandissait déjà les preuves, invérifiables, des tricheries à venir, notamment des paquets de cartes d'électeurs aux mêmes noms, on exige la tenue de nouvelles élections. «Nous allons déposer un recours en annulation devant la cour suprême», détaille le secrétaire général du mouvement, Tazoatcha Asonganyi. Il pointe les scores «impossibles» de Paul Biya dans le sud du pays : jusqu'à 99,69% dans un département. Le très autoritaire «chairman» assure envisager des «manifestations de protestation massives». Mais le calme qui régnait hier à Douala, la frondeuse capitale économique du pays, ne donnait que peu de crédit à ces déclarations.
John Fru Ndi, qui, en 1992, lors des premières élections pluralistes de Cameroun, affichait 37% des voix à trois points seulement de Paul Biya, est terriblement affaibli. «Le SDF, parti anglophone, ne représente aujourd'hui plus que la minorité anglophone», analyse un diplomate.
Un échec qu'aggravent les violences enregistrées à Bamenda, le fief du SDF. Selon Adamou Ndam Njoya, plusieurs de ses partisans y ont été pourchassés et frappés et au moins deux ont dû être hospitalisés. «Nulle part ailleurs, nous n'avons eu de tels ennuis», affirme le président de la Coalition.
Dans son archevêché, le cardinal Christian Tumi, figure respectée de la société camerounaise, semble un rien abattu. «Le plus grave de toute cette histoire, c'est que les Camerounais ne s'intéressent plus aux élections. L'Eglise a poussé à voter mais à peine la moitié des citoyens se sont inscrits sur les listes. C'est très décevant», explique-t-il. Et la perspective des sept années à venir ne semble guère l'enthousiasmer. «Nous aurons peut-être une surprise mais il faut dire qu'aujourd'hui il faut creuser très pro
Douala : de notre envoyé spécial Tanguy Berthemet
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