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Le général Schmitt est de nouveau accusé (L'Humanite 23/03/2005)
Sous le feu de nouvelles mises en cause pour torture par des militants du FLN, il a estimé, lundi, face aux juges, que tout ceci était « pure invention ».
Comme de coutume, le général Maurice Schmitt, ancien chef d’état-major des armées françaises, de 1987 à 1991, a continué de démentir les multiples accusations portées à son encontre. Les dernières, parues dans le Monde (daté du samedi 19 mars), résultent du témoignage d’anciens militants du FLN algérien, qui affirment tous que Schmitt, alors lieutenant du 3e régiment de parachutistes coloniaux, dirigeait durant l’été 1957 les opérations de tortures à Alger. Les témoignages de Lyès Hanni, Mouloud Arbadji, Zhor Zerari sont effroyables et d’une terrible précision. Tous affirment que l’ancien lieutenant, toujours présent, « donnait les ordres ». Lyès Hanni, ancien responsable militaire à Alger, arrêté le 17 août 1957, refuse de décrire ce qu’il a vécu : « Les tortures qu’on m’a infligées, je l’admets. Ce que je ne pardonne pas, ce sont tous ces mensonges », à propos des écrits du général Schmitt dans son livre Alger, été 57.
Il y a deux jours, le général comparaissait devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence, dans le face-à-face judiciaire qui l’oppose depuis quatre années à Henri Pouillot, ancien appelé (lire l’Humanité du 18 septembre 2004). Ce dernier accuse son supérieur hiérarchique d’avoir pratiqué et fait l’apologie de la torture. Il y a deux jours donc, le général n’est pas revenu directement sur les témoignages accablants publiés dans le quotidien du soir (il l’avait fait sur France-Inter durant le week-end), qualifiant les dires des quatre ex-militants du FLN de « pure invention ». Mais Légion d’honneur accrochée à sa veste, le général Schmitt a voulu « citer une phrase d’Albert Camus, qui disait : "C’est vrai, j’ai du mal à supporter les conséquences du terrorisme aveugle. Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera déshonorée par le massacre de femmes et d’enfants" ».
Toutefois, le militaire a évoqué le « dilemme effroyable » face à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui, à la fois, stipule dans son article 3 le droit à la vie, à la liberté et la sûreté, et dans son article 5 que « nul ne sera soumis à la torture (...) ». Une manière de redire sa phrase, maintes fois entendue : « Je suis prêt à me salir les mains au risque de perdre mon âme » dans le cas il aurait sous la main un suspect sur le point de pratiquer un acte de « terrorisme aveugle ». Faisant allusion aux attentats ayant frappé Madrid en mars 2004, le général a versé dans l’amalgame, affirmant que « chacun a le droit de prendre un métro à Paris ou un train à Madrid (...) Mais les terroristes contestent violemment le droit à la sécurité ».
Quant au « conflit » qui l’oppose à Henri Pouillot, l’avocate générale a requis une peine de 1 500 euros de dommages-intérêts et de 500 euros d’amende contre l’ancien appelé, déjà condamné à une peine similaire, le 2 juillet dernier, en première instance, par le tribunal de grande instance de Marseille. L’arrêt a été mis en délibéré au 30 mai prochain.
Sophie Bouniot
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