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Idriss Deby, vainqueur de la farce électorale tchadienne (Liberation 15/05/2006)
Le président sortant réélu avec plus de 77 % des voix dès le premier tour d'une présidentielle boycottée par l'ensemble de l'opposition.
Le scénario était écrit d'avance. Le président tchadien Idriss Deby Itno a été réélu pour cinq ans à la tête du pays, selon les résultats proclamés lundi soir par la Commission électorale nationale indépendante (Céni). Dès le premier tour de l'élection présidentielle du 3 mai, le chef de l'Etat sortant, au pouvoir depuis 1990, aurait rassemblé sur son nom pas moins de 77,53% des suffrages, indique la Céni, qui évoque un taux de participation de 61,49% des quelques 5,7 millions d'électeurs inscrits. Le scrutin étant boycotté par l'ensemble de l'opposition, qui dénonçait une «mascarade électorale», les seuls adversaires de Deby se limitaient à quatre rivaux de peu d'envergure, membres de sa coalition gouvernementale, voire totalement inconnus du public.
Loin de constituer un triomphe démocratique, le scrutin tourne donc à la pantalonnade. Comme prévu. Dès la fermeture des bureaux de vote, le 3 mai, le taux de participation faisait débat, la plupart des observateurs la considérant comme faible alors que le pouvoir relevait une «forte participation». Au lendemain du vote, le porte-parole de la principale coalition d'opposition, Mahamat Saleh Ibni Oumar, se félicitait de «l'abstention massive» de ses compatriotes, qui traduisait selon lui leur refus de «légitimer une quasi-dictature qui se drape du manteau de la démocratie». Mais c'est une toute autre lecture du résultat qu'a proposé le président réélu, qui, lundi soir au palais présidentiel, rendait hommage «au peuple tchadien, un peuple mûr, un peuple qui a gagné en maturité politique».
Alors que des rafales d'armes automatiques saluaient sa réélection dans les rues de N'Djamena, Idriss Deby l'a martelé: «Le peuple a fait son choix et le choix, c'est moi (...) Par cette victoire, vous avez démenti ceux qui disaient hier que le Tchad allait exploser, cela prouve une fois de plus que la démocratie marche au Tchad et qu'elle avance.» Le premier tour s'était en effet déroulé trois semaines à peine après une attaque des rebelles tchadiens du Front uni pour le changement (Fuc), qui avait échoué aux portes de N'Djamena. De violents affrontements après lesquels opposition, société civile, Union africaine (UA) et certains membres de la communauté internationale, comme les Etats-Unis, avaient conseillé un report du scrutin à Idriss Deby. Proposition refusée par le chef de l'Etat, qui avait mené campagne sur le thème «moi ou le chaos». Et prophétisé la guerre civile en cas de renversement par la force.
Le nouveau quinquennat d'Idriss Deby ne s'annonce pourtant pas sous les meilleurs auspices. Arrivé au pouvoir par les armes au moment de la chute d'Hissène Habré en 1990, élu président en 1996 lors de la première élection pluraliste de l'histoire du pays, après six ans de «transition démocratique», réélu en 2001, l'ex-chef de guerre est aujourd'hui critiqué de toutes parts. L'opposition lui impute des fraudes électorales, des violations des droits de l'Homme et, malgré son entrée en 2003 dans le club des pays producteurs d'or noir, l'extrême pauvreté de son peuple. Son clan lui reproche, sur fond de guerre civile au Darfour voisin, de ne pas soutenir ses «frères» zaghawa de la province soudanaise. La Banque mondiale le blâme sur la gestion des pétrodollars. Et les désertions d'officiers et les défections de proches se multiplient, notamment pour rejoindre les rangs d'une rébellion de plus en plus menaçante. Laquelle a d'ores et déjà promis de nouvelles offensives. Autant dire que le répit électoral que s'offre le président tchadien pourrait n'être que de courte durée.
par Libération.fr (d'AFP)
LIBERATION.FR : lundi 15 mai 2006 - 12:13
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