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Le "négationniste" Péan traîné en justice à Paris (La Libre 09/10/2006)
Plainte au pénal contre son dernier livre, pour incitation à la discrimination raciale. Même un an après sa sortie, à l'automne 2005, l'ouvrage "Noires fureurs, blancs menteurs" du journaliste français Pierre Péan continue d'alimenter la controverse. Il fait déjà l'objet de plaintes au civil en Belgique. Des associations de Rwandais installés au Canada et en Suisse songeraient à faire pareil. Et vendredi à Paris, SOS Racisme a annoncé avoir porté plainte au pénal jeudi contre l'auteur de l'ouvrage et son éditeur, Fayard, pour diffamation à caractère racial et incitation à la discrimination raciale. En France, ces deux délits sont chacun passibles d'une peine d'un an de prison et/ou d'une amende de 45 000 euros.
SOS Racisme agit pour le compte des associations rwandaises Ibuka France et Ibuka Rwanda. Une vingtaine de passages du livre à l'appui, les plaignants accusent Pierre Péan d'avoir colporté "des allégations ou imputations de faits de nature à porter atteinte à l'honneur et à la considération des Tutsis et des passages incitant à une discrimination envers cette ethnie".
Le texte de la plainte déposée au tribunal de grande instance de Paris avance que, dans la bouche de l'écrivain, cette ethnie "est expressément visée et accusée de recourir systématiquement au mensonge et à la dissimulation, en employant des manoeuvres douteuses et frauduleuses, dans le seul but de tromper la communauté internationale concernant la justesse de sa cause". Pierre Péan, "sans faire preuve de la moindre nuance", aurait délibérément choisi de faire naître chez le lecteur "des réactions de rejet à l'égard des Tutsis", "en les présentant définitivement comme menteurs par culture, tradition et formation et en soulignant leur caractère manipulateur".
"Un certain pétainisme"
Ce faisant, l'écrivain aurait commis "un livre négationniste", complice de l'"idéologie génocidaire", selon le président de SOS Racisme. Aux yeux du dirigeant d'Ibuka Rwanda, François Ngarambe, il a voulu "diluer un génocide dans un contexte de massacres interethniques dans lequel tout le monde s'entre-tue, au point qu'il n'y a plus ni victimes, ni bourreaux".
Pour Me Maingain, l'avocat belge des plaignants, cette démarche révèle même une "fascination pour un certain pétainisme" : il y aurait, dans le regard porté par l'écrivain sur les Tutsis, "des similitudes incroyables avec la vision de la communauté juive, avant-guerre".
Les plaignants ont longtemps envisagé de poursuivre Pierre Péan pour négationnisme, raison pour laquelle leur action survient si tardivement après la sortie du livre. Ils ont toutefois dû y renoncer, la loi française punissant exclusivement le négationnisme relatif à la Shoah.
BERNARD DELATTRE CORRESPONDANT PERMANENT A PARIS
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