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Paris complice d’un génocide ? (L'Humanite 21/12/2006)

La commission d’enquête rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 réaffirme ses accusations contre l’ancienne force Turquoise.

La commission d’enquête rwandaise sur le rôle de la France dans le génocide de 1994 vient d’entendre de nouveaux témoins qui ont confirmé les accusations déjà portées contre les forces de l’opération Turquoise. Lorsque la présence des soldats français a été signalée, a ainsi raconté un cultivateur rescapé, « nous sommes tous sortis de nos cachettes dans les montagnes et nous sommes rassemblés à découvert, où nous attendions qu’ils viennent nous secourir. Cela nous a exposés aux miliciens qui pensaient nous avoir achevés lors d’attaques antérieures », dans la région de Bisesero, frontalière de l’ex-Zaïre, sous contrôle de l’opération militaro-humanitaire française. Un autre

témoin, ancien instituteur, a expliqué avoir accompagné comme interprète des militaires dans les collines pour transmettre aux Tutsi des promesses d’évacuation. « Je savais que les Français considéraient tous les Tutsi comme des complices » des rebelles, qui ont mis fin au génocide en prenant le pouvoir à Kigali, a-t-il ajouté.

Les collines de Bisesero sont un lieu doublement symbolique au Rwanda : du génocide ; de la résistance opposée par les Tutsi contre le régime qui avait planifié leur extermination. Commencée dès le 8 avril 1994, la « guerre des pierres contre les balles » dura jusque vers la fin juin. Il ne restait plus alors que 2 000 survivants sur une population qui, gonflée par la venue de Tutsi des autres régions du pays, avait

atteint 50 000 personnes. Le 26 juin, les survivants sortent de leurs cachettes pour demander de l’aide à des soldats français patrouillant en 4 x 4, depuis leur base de

Kibuye. L’officier de Turquoise les abandonne à leur sort, se contentant de promettre de revenir trois jours plus tard. Les tueurs purent ainsi localiser les rescapés. Soixante-douze heures après, ceux-ci n’étaient plus qu’au nombre d’un millier, la milice ayant repris son « travail » pour tenter d’éliminer les ultimes témoins de ses crimes.

Les travaux de la commission se tiennent sur fond de crise diplomatique entre les deux pays. Kigali a rompu le 24 novembre ses relations officielles avec Paris, suite à la décision du juge Jean-Louis Bruguière de lancer neuf mandats d’arrêt contre des responsables rwandais, dont le chef de l’État Paul Kagame, accusé de « participation présumée » à l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Juvénal Habyarimana. « Ils ont une dent contre nous. Et cela n’a pas de fin. Ils nous en veulent d’en avoir fini avec un régime dictatorial qui, pour nous, était le responsable du génocide et qui, pour eux, était un régime ami », a déclaré Paul Kagame dans une récente interview au Figaro.

Observant qu’en émettant de tels mandats, « le juge et le parquet ont créé un précédent (...) Si la France accepte que le juge Bruguière incrimine des officiels rwandais, alors il est évident que des juges rwandais peuvent incriminer des officiels français », il rappelait : « le premier ministre belge, le président américain sont venus ici et ont admis leurs responsabilités - qui n’ont rien à voir avec celles de Paris (...) C’est à la France de réfléchir. C’est à elle de décider. Si un officiel français venait à Kigali pour présenter ses excuses aux Rwandais, cela ferait une énorme différence. C’est ce qu’attendent les Rwandais ».

Jean Chatain
20 décembre 2006.


Kagamé accuse Villepin d'avoir soutenu le génocide rwandais

LONDRES (Reuters) - Le président rwandais Paul Kagamé a accusé le Premier ministre français, Dominique de Villepin, de faire partie des responsables qui, en France, ont selon lui soutenu le génocide de 1994 au Rwanda.

"Il y a des responsables français qui étaient impliqués à l'époque et qui sont toujours en vie, notamment l'actuel Premier ministre de la France, qui était directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères et (...) ces gens étaient directement impliqués dans cette situation", a déclaré Kagamé dans une interview à la chaîne de télévision BBC World.

Le Rwanda a rompu ces relations diplomatiques avec la France en novembre.

Le juge français Jean-Louis Bruguière venait de lancer des mandats d'arrêt contre neuf proches du président Kagamé et de demander au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, d'envisager des poursuites contre le dirigeant tutsi pour l'assassinat de son prédécesseur hutu, Juvénal Habyarimana, en avril 1994, attentat considéré comme le déclencheur des massacres de Tutsis et Hutus modérés.

En visite en Grande-Bretagne, Kagamé avait déjà accusé mercredi la France d'avoir apporté un soutien actif au génocide qui a fait 800.000 morts en 1994 dans son pays.

"C'est la France qui a soutenu les forces qui ont commis le génocide, elle les a entraînées, elle les a armées et elle a participé aux combats contre les forces qui tentaient de mettre fin à ce génocide", a-t-il affirmé à la radio BBC.

"La France, à aucun moment, n'a tenté d'arrêter le génocide", a-t-il ajouté. "Au contraire, (les Français) ont joué effectivement un rôle durant la période qui a conduit à ce génocide en soutenant le gouvernement du Rwanda."

Kagamé rejette les accusations du juge Bruguière.

"C'est absurde. J'ai combattu les forces qui ont commis le génocide. Je suis un combattant de la liberté, on ne peut pas me considérer comme un criminel", a-t-il dit à la BBC.(REUTERS 07.12.2006)


Le Rwanda attend des "excuses" de la France, Paul Kagamé menace

PARIS (Reuters) - Le Rwanda attend des "excuses" de la France, qu'il accuse d'être impliquée dans le génocide de 1994, et menace de lancer des mandats d'arrêt contre de hauts responsables français, notamment Dominique de Villepin, déclare Paul Kagamé dans un entretien publié samedi dans Le Figaro.

Les autorités de Kigali ont rompu le 24 novembre leurs relations diplomatiques avec la France à la suite de la décision du juge Jean-Louis Bruguière de lancer neuf mandats d'arrêt contre les responsables rwandais dont le président Paul Kagamé, accusé de "participation présumée" à l'attentat du 6 avril 1994 contre son prédécesseur Juvénal Habyarimana.

"Ils ont une dent contre nous. Et cela n'a pas de fin. Ils nous en veulent d'en avoir fini avec un régime dictatorial qui, pour nous, était le responsable du génocide et qui, pour eux, était un régime ami", affirme Paul Kagamé.

"En émettant des mandats contre nous, le juge et le parquet ont créé un précédent. Nous pouvons, nous aussi, émettre des mandats contre des officiels français impliqués dans le génocide. Contre d'anciens militaires et des responsables politiques. Je vais donner un exemple : Dominique de Villepin était à l'époque au cabinet (directeur) du ministre des Affaires étrangères", poursuit-il.

"Si la France accepte que le juge Bruguière incrimine des officiels rwandais, alors il est évident que des juges rwandais peuvent incriminer des officiels français", insiste le président rwandais.

"Les responsables de grands pays, le Premier ministre belge, le président américain..., sont venus ici et ont admis leurs responsabilités - qui n'ont rien à voir avec celles de Paris. Ils se sont excusés. La France n'a jamais eu le moindre mot", dit-il.

"Les Français sont les plus impliqués et... rien, pas un mot. Alors que de simples excuses, montrant que l'on a été touché par ce qui s'est passé ici, feraient une grosse différence", estime-t-il.

"C'est à la France de réfléchir. C'est à elle de décider. Si un officiel français venait à Kigali pour présenter ses excuses aux Rwandais, cela ferait une énorme différence. C'est ce qu'attendent les Rwandais", conclut Paul Kagamé.




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