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Le secteur bancaire tunisien à la veille des consolidations (Les Afriques 03/11/2009)
Assainissement des créances douteuses, consolidation des fonds propres… Le secteur bancaire tunisien peut passer à une seconde étape de sa réforme : la consolidation, puis le développement continental.
Les avis des professionnels convergent. Deux études, publiées fin septembre dernier par les sociétés de Bourse tunisiennes Mac SA et Maxula Bourse, constatent une nette amélioration des fondamentaux des banques tunisiennes. A en croire les statistiques présentées par les analystes, 2008 a même été une année bancaire « exceptionnelle », avec des taux de croissance à deux chiffres de la totalité des indicateurs du secteur. Durant cet exercice, le total bilan de l’ensemble des banques tunisiennes a atteint 36,68 milliards de dinars (1 dinar = 0,52 euro), contre 32,12 milliards en 2007, ce qui représente une hausse de 14,2%. De son côté, le PNB du secteur a enregistré une évolution de 13,7% en glissement annuel, pour totaliser 1,57 milliard de dinars, tandis que le résultat net cumulé des vingt établissements de crédit tunisiens s’est élevé à 357, 04 millions de dinars en 2008, contre 256, 22 millions une année auparavant, soit une augmentation de 39,3%.
D’autre part, les dépôts collectés par le système bancaire tunisien se sont élevés à 27,86 milliards de dinars en 2008 (+15,4% sur un an), pour un encours des crédits servis à l’économie de l’ordre de 25,91 milliards de dinars (+15,2%).
Amélioration sensible de la qualité de l’actif
Autre signe révélateur du renouveau du secteur bancaire tunisien : les créances douteuses, longtemps considérées comme étant le principal talon d’Achille des banques du pays, ne représentent plus que 15,3% des encours bancaires à la fin 2008, contre 29,5% en 1995, année du lancement de la réforme du système bancaire.
En parallèle, les banques tunisiennes ont poursuivi leurs efforts en matière de provisionnement, ce qui a permis au taux de couverture des crédits non performants d’atteindre 56,8% en 2008, contre 53,2% en 2007 et 39% en 1995. Cette hausse s’explique essentiellement par le renforcement des fonds propres par augmentation du capital social. La quasi-totalité des onze banques cotées ont déjà procédé à l’opération. Parmi les plus importantes augmentations, on peut citer celle réalisée par Attijari Bank, dont le capital social est passé de 100 à 168,7 millions de dinars. « La consolidation des fonds propres constitue notre première priorité pour 2009 », indique Hassan Bertal, directeur général de la filiale du groupe marocain Attijariwafa Bank, dont le taux de couverture des créances douteuses s’est limité à 51,3%, contre un taux de 70% fortement recommandé par la BCT à l’horizon 2010.
En attendant la naissance de champions nationaux
Les professionnels estiment aujourd’hui que la réforme bancaire en Tunisie, qui s’est jusqu’ici limitée à favoriser l’arrivée d’acteurs étrangers de renom à la faveur de privatisations « sélectives », à assainir les comptes des établissements des crédits et à développer leurs réseaux d’agences, devrait passer à la vitesse supérieure. « Le secteur est désormais appelé à entreprendre une phase de concentration. Des fusions-absorptions sont nécessaires pour transformer en deux ou trois champions nationaux, la vingtaine d’établissements qu’il compte, surtout que le marché local est trop petit », plaide Ahmed El-Karam, vice-président d’Amen Bank. Même son de cloche chez les analystes de Maxula Bourse : « En raison d’une concurrence de plus en plus rude, les banques tunisiennes sont désormais dans l’obligation de compresser leurs marges d’intérêts et de s’exposer à un risque de crédit plus élevé afin de protéger leurs parts de marché, ce qui se traduira par un ralentissement ou une stagnation de leur croissance. Le développement logique consiste en une rationalisation du nombre et de la taille des institutions bancaires, à travers notamment des opérations de fusion. »
Selon l’étude réalisée par Mac SA et intitulée Nette amélioration des fondamentaux des banques tunisiennes, ces opérations de fusion devraient doter les établissements de crédit tunisiens de la taille nécessaire à l’accès aux marchés africains à fort potentiel. Une évolution inspirée de la stratégie expérimentée avec succès sur le continent par les groupes marocains BMCE Bank et Attijariwafa Bank.
Par Walid Kéfi, Tunis
02-11-2009
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