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La libération surprise d'un "chien de guerre" en Guinée-Equatoriale (Le Monde 07/11/2009)
Pour avoir été l'un des principaux organisateurs d'une tentative de coup d'état en Guinée-Equatoriale, Simon Mann, ex-commandant des forces spéciales britanniques reconverti dans les affaires et le mercenariat, devait pourrir pendant trente-quatre ans dans l'une des prisons les plus dures d'Afrique, celle de Black Beach, à Malabo. Après quinze mois de détention en Guinée-Equatoriale, l'ancien chien de guerre d'origine britannique est rentré, amaigri, en Grande-Bretagne, mercredi 4 novembre. La veille, celui qu'il devait renverser, le président Teodoro Obiang Nguema, avait donné son "pardon total pour des raisons humanitaires".
Cette libération a peu à voir avec la clémence. Elle a été négociée "pendant des mois" avec l'Afrique du Sud, selon une source proche de la présidence sud-africaine. Elle intervient au moment précis où Jacob Zuma se rend en visite en Guinée-Equatoriale. Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau président sud-africain construit une diplomatie régionale qui accorde une large part aux questions d'approvisionnement en énergie de son pays. Après l'Angola en août, c'est à présent le tour de la Guinée-Equatoriale, troisième producteur de brut du continent et bientôt exportateur de gaz, de faire l'objet d'une visite durant laquelle des contrats doivent être signés dans le secteur énergétique.
Cette dimension économique seule n'explique pas pourquoi Pretoria a déployé autant d'énergie pour faire libérer le Britannique Simon Mann. Certes, jusqu'à la date du pardon présidentiel, quatre Sud-Africains croupissaient, eux aussi, en prison au côté de Simon Mann. Jacob Zuma peut se targuer de les avoir fait libérer. Parmi eux figure Nick du Toit, qui commandait le groupe de mercenaires chargés de préparer le terrain à Malabo pour prendre le pouvoir. Simon Mann, pivot de l'exécution de l'opération manquée, devait, pendant la nuit du 7 mars 2004, charger une cargaison d'armes sur l'aéroport de Harare, au Zimbabwe, à bord d'un Boeing 727 avec 67 soldats de fortune, puis s'envoler pour Malabo pour y prendre le pouvoir avant de le confier au principal opposant équato-guinéen, Severo Moto, exilé en Espagne.
Des commanditaires, attirés par la perspective de mettre la main sur les ressources équato-guinéennes (deux milliards de barils de réserves de brut), auraient facilité la tâche, appuyés par des connexions dans les milieux politiques en Espagne et en Grande-Bretagne. Si la réalité de la tentative de coup d'Etat est indéniable, des pans de la conspiration concernant les appuis politiques, comme l'éventuelle implication de compagnies pétrolières, manquent encore.
Selon des sources concordantes, la libération de Simon Mann est liée à la poursuite d'enquêtes sur la tentative de coup d'Etat. Elle offre aussi au président équato-guinéen une occasion, rare, de faire preuve de mansuétude tout en donnant des gages à l'Afrique du Sud.
Pretoria avait joué un rôle clé dans la mise en échec de la tentative de renversement, en informant les capitales concernées sur les détails de l'opération dont le secret avait été mal gardé. L'Espagne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, avertis à l'avance, s'étaient gardés de réagir, peut-être séduits par l'idée de voir renversé Teodoro Obiang Nguema. A la tête d'un des régimes les plus implacables du continent, celui-ci a pris le pouvoir il y a trente ans en renversant son oncle, qui fut fusillé dans la foulée. Le 29 novembre, la Guinée-Equatoriale doit organiser des élections. En 2002, le président avait été élu avec 97,1 % des voix.
Libéré, "Capitaine F" n'en a pas fini pour autant avec l'aventure équato-guinéenne. Descendant de prospères brasseurs britanniques, il a porté l'uniforme de l'école de la gentry britannique, Eton, avant d'intégrer Sandhurst, la grande académie militaire, et de faire carrière dans les forces spéciales, les SAS. De retour à la vie civile, Simon Mann s'ennuyait. Il a lancé des affaires et participé à l'essor des compagnies de sécurité, créées sur les décombres de l'armée sud-africaine de l'apartheid et qui mélangent interventions de mercenaires et intérêts miniers.
Simon Mann a gagné de l'argent. Il a joué dans un film en 2002, avant de trébucher à Harare où il a passé quatre ans en prison, avant d'être extradé vers la Guinée-Equatoriale et sa prison-mouroir.
A Malabo, il s'est livré à des déclarations lors de son procès. Mais il a surtout livré des informations, sur Severo Moto, d'abord. L'opposant équato-guinéen bénéficiait d'un statut de réfugié politique en Espagne depuis 1986. Il a été inquiété en mars 2008, un mois seulement après l'extradition de Simon Mann. Selon Me Lucie Bourthoumieux, alors l'une des avocates de la Guinée-Equatoriale, "c'est grâce aux informations données par Simon Mann que le statut de Severo Moto a changé en Espagne".
Pour obtenir sa libération, Simon Mann aurait fourni aux autorités équato-guinéennes d'autres informations sur les commanditaires de la tentative de coup d'Etat, notamment ses financiers, demeurés jusqu'ici anonymes. Selon une source proche du dossier, "Simon Mann, c'est un dur, un vrai chien de guerre. Sur Severo Moto, il s'était très vite mis à table à Malabo. Mais pour être libéré, il fallait qu'il donne aussi des informations concernant deux personnes impliquées dans le dossier."
Ces personnes sont Mark Thatcher, le fils de l'ancien premier ministre britannique, et l'homme d'affaire britannique d'origine libanaise Ely Calil. Tous deux sont en liberté, mais Scotland Yard enquête et a interrogé trois fois Simon Mann en prison à Malabo. A sa sortie, il a dit combien il se sentait "impatient" de voir "Calil, Thatcher et un ou deux autres faire face à la justice ".
Jean-Philippe Rémy
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