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Affaire Segura : le déni du FMI, l’aveu du Sénégal (Les Afriques 07/11/2009)
La mallette d’argent d’Alex Segura n’a pas encore livré tous ses inquiétants secrets. Les communiqués du FMI et du Sénégal offrent des explications « abracadabrantesques ».
Tous les deux très embarrassés, le Sénégal et le FMI ont voulu clore définitivement l’affaire de la mallette d’argent, mais n’ont pas réussi à convaincre. Des Sénégalais, en manifestant samedi dernier devant le siège du FMI pour dénoncer sa complicité dans les pratiques de corruption au Sénégal, ont bien montré que les communiqués des deux protagonistes n’ont pas écrit le point final de l’affaire.
Comment décider de voyager avec l’argent, clandestinement qui plus est, puisqu’il ne l’a pas déclaré, en violation des règles de circulation monétaire ?
Les communiqués comportent beaucoup de zones d’ombre. Le FMI, curieusement, ne fait pas mention de son communiqué signé par Caroline Atkinson, sa directrice des Relations extérieures, sur son site web. Belle transparence ! Invraisemblance aussi. A croire le FMI, Alex Segura se serait rendu compte à la résidence de sa remplaçante que la fameuse mallette contenait 100 000 euros et 50 000 dollars. Alors que la règle de son organisme fixe un plafond de 250 $ à la valeur des cadeaux qui peuvent être acceptés, comment a-t-il pu prendre un cadeau sans chercher à en connaître le montant ? Si c’était le chef de l’Etat qui lui avait remis personnellement le cadeau, l’on aurait pu, en étant très indulgent, penser qu’il était gêné d’ouvrir le cadeau devant lui. Mais comme la présidence révèle que c’est l’aide de camp, pourquoi n’a-t-il pas exigé d’en connaître le montant avant de le prendre. Surtout qu’en Occident, il est même poli d’ouvrir un cadeau devant le donateur pour pouvoir le remercier.
Autre curiosité, la décision de ne pas informer immédiatement le fonds, bien qu’avec la représentante « ils se sont accordés sur la nécessité d’en informer le Bureau d’éthique du FMI ». Peut-être le téléphone ne fonctionnait-il pas ce soir entre Dakar et Washington.
Invraisemblance
Plus invraisemblable encore, la décision de voyager avec l’argent « étant donné que la somme paraissait », terme inapproprié, le montant connu, la somme ne paraissait pas, elle était importante. « Ils ont décidé que pour des raisons de sécurité, l’argent ne devait pas rester dans la résidence », poursuit le communiqué. Avec les sociétés de sécurité qui pullulent à Dakar, les banques que le représentant du FMI doit pouvoir mobiliser même le soir, les huissiers… comment décider de voyager avec l’argent, clandestinement qui plus est, puisqu’il ne l’a pas déclaré, en violation des règles de circulation monétaire.
A Barcelone, le FMI a, par la suite, placé l’argent sous la garde d’une société spécialisée dans la sécurité. Ce qui n’a pas été fait à Dakar l’a été à Barcelone. Peut-être les sociétés de gardiennage y existent-elles et sont sûres, contrairement au Sénégal. Ridicule !
« Au moment de remettre l’argent à la société de sécurité, le montant a été vérifié de manière indépendante et sécurisée. » Quelle transparence ! Segura ayant compté tout seul, comme un grand, le montant, que de temps il a fallu pour compter 100 000 euros et 50 000 dollars, quel besoin de vérifier le montant puisque c’est la parole de Segura qui fait foi ? S’il voulait en distraire, il n’aurait point déclaré le montant réel. De la poudre aux yeux que cette inutile rigueur.
Contradictions
La présidence de la République du Sénégal n’étale pas moins d’invraisemblances. Elle y ajoute de vilaines contradictions. Le ministre de la Communication avait déclaré avec aplomb : « Nous ne sommes, ni de loin ni de près, concernés par cette affaire. » Que peut-il bien dire à présent que la présidence a reconnu officiellement avoir donné de l’argent ? Tout en ne niant pas le cadeau, la présidence invoque une erreur de l’aide de camp. Les familiers du colonel Cissokho sont plus que sceptiques. Personne ne connaît de telles libertés chez le rigoureux officier de marine. Ce montant, du reste, le Premier ministre le trouvait modeste, « puisqu’il ne permet même pas d’acheter un appartement à Paris ».
Pour écarter toute idée de corruption, la présidence invoque le fait que Segura « quittait définitivement le pays ». Il ne quittait pas en revanche le FMI, et à l’occasion pouvait bien, dans une hiérarchie supérieure, avoir à traiter le Sénégal. Autre hypothèse avancée par des familiers de la présidence, une forme de revanche sur un empêcheur de tourner en rond, finalement vaincu par l’argent, réduit au rang d’obligé.
Autre surprise, que le président de la République offre personnellement un dîner à un simple fonctionnaire international en fin de séjour. Un ministre aurait largement suffi.
Enfin un passage du communiqué sénégalais de nature à embarrasser tous les fonctionnaires internationaux qui ont quitté le Sénégal : « L’aide de camp a demandé au président de la République s’il fallait lui donner quelque chose comme de coutume. » Ils seraient donc tous partis avec un cadeau ?
Par Chérif Elvalide Sèye
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