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La nécessité d’un dialogue sincère et inclusif
(Seneweb 06/11/2009)


Le 28 septembre 1958, le NON de la Guinée à un compagnonnage avec la France, l’ancienne puissance coloniale, dans le cadre d’une ?communauté de destin? souhaitée par le Général De Gaulle fut la première victoire d’un peuple digne et réfractaire à toute oppression et tentative d’asservissement.

Certains passages du discours historique du président Ahmed Sékou Touré résonnent encore dans les consciences meurtries par le lâchage immédiat de l’allié d’hier : « il n’y a pas de dignité sans liberté, car tout assujettissement, toute contrainte imposée et subie dégrade celui sur qui elle pèse, lui retire une part de sa qualité d’Homme et en fait arbitrairement un être inférieur… Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans l’esclavage ».

Avec le rappel à Dieu du père de l’indépendance, en 1984, l’armée s’empara du pouvoir. Le général Lansana Conté, 24 ans durant, initia un certain nombre de mesures destinées à pacifier davantage les relations de la Guinée avec le reste du monde et à réconcilier les guinéens entre eux-mêmes, en encourageant une plus large ouverture démocratique, des réformes dans de nombreux secteurs de la vie nationale, etc. Mais il était aux commandes d’un pays en rade, dont l’économie en sursis subissait en permanence les desiderata d’une communauté financière internationale indifférente et exigeante et, surtout, des fléaux qui ont longtemps gangrené une société sans véritables repères et qui ont noms : corruption, gabegie, mal gouvernance. A sa disparition, le 22 décembre 2008, la situation politique, sociale et économique était désastreuse et le contexte lourd de dangers.

La Guinée, sans autorité légitime déclarée, avec une Assemblée nationale hors course et des velléités de remise en selle de flibustiers tapis à l’ombre, risquait de sombrer dans des lendemains incertains. C’est alors qu’un groupe d’officiers conséquents, patriotes et soucieux de préserver l’unité nationale et de garantir la paix sociale monta au front et proclama l’avènement du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). La déclaration lue sur les ondes de la RTG par un jeune capitaine, Moussa Dadis Camara, plébiscité par ses compagnons pour sa probité morale, son franc parler, son sens élevé des responsabilités et son aversion à toute forme d’injustice, apparaît donc, cinquante ans après le mémorable discours de Sékou Touré, comme la seconde victoire du peuple guinéen sur tous ceux qui pronostiquaient le chaos, la guerre civile et la division.

Ceux qui avaient ?piégé? le système qui leur avait permis de dominer outrageusement le peuple abandonné à un sort peu enviable, dans la misère, dépourvu d’eau et d’électricité (pour un pays qui en dispose en abondance), étaient uniquement mus par la volonté de voir leurs privilèges et leurs pratiques continuer, en toute impunité.

Ce changement intervenu sans effusion de sang - il est important de le préciser pour comprendre la spécificité du cas guinéen par rapport à d’autres situations observées sur le continent, voire au-delà – a constitué pour les populations guinéennes, un nouveau souffle. Un souffle d’espoir annonciateur de perspectives heureuses pour un pays longtemps confronté à des disfonctionnements de tous ordres, politique, économique, social et culturel.

Parmi les priorités de la structure d’exception qui s’est assignée pour mission de gérer une transition apaisée vers des élections pluralistes et sincères, figurent en bonne place la restauration de l’autorité de l’Etat, malmenée par des comportements et habitudes d’une autre époque, le réarmement moral du peuple guinéen désormais face à son destin et enfin, l’assainissement des finances publiques à travers des audits exhaustifs des gestions antérieures. Un préalable nécessaire pour comprendre pourquoi le pays en est arrivé là, situer les responsabilités et initier les mesures correctives qui s’imposent.

En dix mois de gestion des affaires, il est certes prématuré de tirer un bilan d’étape de l’action du CNDD. Toutefois, des actes forts ont été posés qui incitent à l’optimisme et rassurent sur les motivations profondes des militaires au pouvoir. La lutte farouche menée contre le grand banditisme, les narcotrafiquants et déprédateurs de toutes sortes renseigne sur la volonté du président Moussa Dadis Camara et de son équipe de nettoyer de fond en comble les écuries d’Augias. La détermination et le professionnalisme mis en œuvre pour traquer les malfaiteurs de tout acabit, les fossoyeurs de l’économie et les fauteurs de troubles, comme la transparence dans le traitement de certains dossiers d’intérêt national, sont autant de preuves de la bonne foi d’un pouvoir à l’écoute de son peuple.

Dès lors, les évènements malheureux du 28 septembre dernier ne doivent pas remettre en cause l’impérieuse nécessité de voir tous les acteurs politiques, les autorités militaires, les forces vives et la société civile, oeuvrer pour préserver le seul bien commun et cher à tous : la Guinée. Certes, les responsabilités des actes déplorables et inqualifiables de ce lundi noir doivent être situées à tous les niveaux et les sanctions prises pour, enfin, exorciser les démons du mal et ouvrir les voies d’une réconciliation sincère et durable entre tous les segments du peuple guinéen.

Face aux tentatives d’isolement d’une partie de la communauté internationale, l’Union africaine en particulier, malgré les bonnes dispositions affichées par le CNDD, dans le respect du chronogramme de la transition défini avec la classe politique, les syndicats et la société civile, la Guinée est debout, fière et digne d’assumer pleinement les responsabilités que lui confère sa souveraineté.

Alors qu’à Ouagadougou, Blaise Compaoré le médiateur désigné par la CEDEAO s’active pour créer les conditions d’un dialogue franc et direct entre les différents acteurs, sans exclusive, et en tenant compte des réalités du terrain, il est du devoir de chacun d’œuvrer, dans le silence de sa conscience, pour des retrouvailles sans calculs, autour d’un mémorandum réalisable et d’objectifs plausibles. Dans le contexte actuel de surenchère et de positionnement de certains politiciens qui inscrivent déjà leur action dans l’après-transition, il ne sert à rien de brûler les étapes et d’agir dans la précipitation. Il appartient, en définitive, au peuple, et au peuple guinéen seulement de désigner les hommes ou les femmes à même de le diriger. D’où la nécessité d’un débat inclusif, consensuel et ouvert à tous les fils de la Guinée, qu’ils soient au pays ou à l’extérieur, les cadres locaux et ceux de la diaspora, pour enfin remettre le pays sur les rails du développement.

L’erreur de la classe politique, à notre avis, s'est de s’être trop focalisée sur les élections, en misant sur la mise à l'écart du CNDD, sans pour autant s'occuper de l'essentiel : le toilettage de la Constitution sur la base d'un large consensus, un dialogue inclusif sur tous les aspects de la transition, la nécessaire restructuration d'une armée "incontrôlable", et surtout la mise en place d'un gouvernement de large union, incluant forcément les militaires. La Guinée a vécu cinq décennies durant une évolution en rade de ses voisins, malgré des potentialités immenses. Il faut de la mesure, un sursaut qualitatif et une introspection de tous pour ouvrir une nouvelle page.

L'urgence est donc de panser les plaies et d'appeler tous les acteurs (civils et militaires) à dépasser les contingences actuelles et de mener une transition apaisée. Pourquoi pas un gouvernement d'union nationale comprenant pour un tiers le CNDD et le reste les Forces Vives (partis politiques, syndicats, société civile), avec un premier ministre désigné par la communauté internationale et un délai de trois ans à Dadis Camara pour restructurer l'armée et organiser les futures élections présidentielles et législatives ? Un débat national permettra de déterminer si un membre du CNDD devrait y participer ou non... Que la sérénité donc revienne et que tous oeuvrent, sans réserve et sans passion, pour des retrouvailles sincères et durables !

« Nous devons nous préoccuper des conditions exactes de nos populations afin de leur apporter les éléments d’une indispensable évolution, sans laquelle le mieux-être qu’elles prétendent légitimement obtenir ne pourrait être créé…Si nous ne nous employions pas à cette tâche, nous n’aurions aucune raison de vouloir remplir les fonctions dont nous avons la charge, aucun droit à la valeur de ce peuple ». Ainsi s’exprimait feu Ahmed Sékou Touré dans le discours inscrit en lettres d’or dans l’Histoire de la Guinée. Ces mots qui gardent toute leur actualité doivent être sans cesse médités et traduits en actes concrets. Pour le bénéfice exclusif de la Guinée.

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