Le 4 avril dernier des intervenants des forums d'Africatime.com, critiquant les régimes en place, faisaient "La une" de la rubrique site du jour du quotidien Francais "Le Monde". Nous vous proposons la lecture, in extenso, de cet article qui est aussi le votre.
www.africatime.com
"Cinq
jeunes ressortissants de la Cote d'Ivoire, du Mali, du Congo et du Bénin ont
profité de leur séjour à New York en tant qu'étudiant pour créer un site-portail
sur l'Afrique francophone baptisé Africatime, qui s'impose peu à peu comme un
cadre privilégié des débats politiques entre expatriés.
Cheik Bamba, directeur du site, voulait "offrir un lien d'expression démocratique
ou les internautes s'expriment sans aucune censure". En moins d'un an, il y
est parvenu. Un ensemble de liens vers les sites de la presse locale, une sélection
de dépêche d'agence et des articles issus des médias internationaux, audiovisuels
ou écrits, offrent une vue complète de l'actualité des quatorze pays africains
couverts par à ce jour. Le site propose aussi des informations pratiques, une
rubrique Rencontres, et surtout les quatorze forums de discussions nationaux.
Là, protégés par leurs pseudonymes, de jeunes africains installés un peu partout dans le monde y expriment leur révolte contre les régimes en place: "Trop, c'est trop, il faut que les jeunes prennent le pouvoir pour mettre fin au désordre. Je vois même qu'il faut tuer toute la génération de 60 pour avoir la paix dans le pays", suggère le Béninois J.C. Sur le forum burkinabé, Xavier est presque aussi radical: "Je ne pense pas que la démocratie fasse partir Compaoré. La meilleure solution est un coup d'Etat propre. Qu'en pensez-vous mes frères? ". L'Intègre, indigné, lui répond: "Je pense que ton propos est lamentable et digne d'un p'tit con! Cela dit, rien ne t'empêche de t'acheter une arme et de tenter ta chance!"
Mais
le point de vue de l'Intègre est très minoritaire. Le plus souvent, les "frères"
approuvent la violence, partout la colère et la haine dominent. Blackboy, Camerounais:
"Pour sortir de la misère des actuels représentants coloniaux, nous avons besoin
d'une révolution. Seulement il faut avoir l'esprit de sacrifice même s'il fallait
mourir pour les autres."
Lerna, Gabonais, à propos d'Omar Bongo: "J'en ai marre d'avoir ce président,
il faut vraiment le changer avant qu'il nous ruine totalement."
Même
l'ancien opposant Abdoulaye Wade, élu président du Sénégal lors d'un scrutin
régulier, n'est pas épargné. Mackjavel: "S'il continue sur cette lancée, les
jeunes Sénégalais risquent de prendre d'assaut le palais présidentiel à Dakar
pour le chasser."
Agacé par les discours radicaux de ces expatriés anonymes bien à l'abri, Eric,
qui vit au Ghana, cite un proverbe local: "Vous avez attendu d'avoir traversé
la rivière pour dire au crocodile qu'il avait une bosse sur le nez."
Géraldine Faes.