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Entretien avec Azzeddine Akesbi, SG de Transparency Maroc: “Dénoncer la corruption peut coûter cher” (Liberation (Ma) 21/11/2007)
De l'ouvrage sur le métier pour l'Association de lutte contre la corruption, Transparency Maroc. Entre la création d'un observatoire national de la corruption et la publication d'un bulletin d'informations, ceux de Transparency viennent également de lancer une étude sur la corruption dans le
système judiciaire marocain et proposer deux des leurs, deux avocats radiés du Barreau de Tétouan pour avoir dénoncé la corruption dans la justice de la ville, au Prix international de la transparence.
Libération : Transparency Maroc vient de présenter le tout nouvel Observatoire national de la corruption et de développement de la transparence. Une occasion aussi de revenir sur l'indice de perception de corruption par rapport auquel le Maroc est relativement en meilleure place. Est-ce que vous dites que beaucoup reste à faire en la matière ?
Azzeddine Akesbi : Ce mardi 20 novembre est une journée de lancement de l'Observatoire national de la corruption que vient de créer Transparency Maroc. Par cette même occasion, nous voulions présenter principalement le rapport que nous avons réalisé avec DRI sur l'évaluation qualitative des élections législatives du 7 septembre 2007 et ouvrir, dans le même temps, le débat sur la situation de la corruption au Maroc, sachant que l'indice de perception a été rendu public en septembre dernier. Nous avons effectivement remarqué une très légère amélioration : le Maroc est passé du 79ème rang au 62ème et sa note s'est améliorée passant de 3,2 à 3,5. C'est une légère amélioration mais qui ne nous sort pas de la corruption endémique. Il y a beaucoup à faire et ce dans tous les domaines. Nous souhaitons que les discours forts qui sont prononcés, les engagements qui sont pris notamment par les partis lors des élections puissent se concrétiser à travers des mesures qui vont faire la différence. Et pour nous, la différence se fait au niveau du citoyen. C'est le citoyen qui vient des situations problématiques au niveau de la corruption.
Quelle est la composition de cet Observatoire national de la corruption ? Est-il formé de la seule société civile et quels rapports avec les pouvoirs publics ?
L'Observatoire est une instance de la société civile et plus précisément il est le fait de Transparency Maroc avec ses partenaires. Nous souhaitons y associer différents secteurs, notamment le secteur privé, les associations ainsi que les institutions spécialisées. Je pense ici à la création annoncée de l'Instance nationale de prévention de la corruption qui pourrait recevoir un certain nombre d'informations que nous pouvons développer et faire usage de plaintes que nous recevons nous-mêmes au sein de l'Observatoire. Nous avons d'ailleurs mis en place un projet pilote animé par deux avocats de Tétouan, Abdellatif Kanjae et Lahbib Hajji (NDLR : ces deux avocats ont été radiés du Barreau pour avoir dénoncé la corruption dans les rouages tétouanais de la justice), et destiné à recueillir les doléances et les plaintes des citoyens. En fait, l'acheminement de ces plaintes devrait passer par cette Instance nationale de prévention de la corruption et la justice. Nous appelons donc à une collaboration avec les différents partenaires, qu'ils soient officiels ou pas.
Concrètement, quelle est la mission de cet Observatoire que vient de créer Transparency Maroc ?
Il s'agit d'un cadre qui permet de collecter, traiter et diffuser l'information. C'est également un cadre qui permet de mener une réflexion à partir de cette collection de l'information, et ce sur des sujets précis. Par exemple, le premier sujet que l'observatoire a eu à traiter est celui des élections législatives organisées par le Maroc en septembre dernier. Le deuxième sujet sur lequel l'Observatoire est en train de travailler concerne le système judiciaire et sa réforme en relation, bien sûr, avec la question de la corruption.
Dénoncer la corruption coûte cher en terre marocaine…
Azzeddine Akesbi : Oui, cela coûte cher. L'exemple des avocats de Tétouan, qui militent au sein de Transprency Maroc et qui ont été retenus comme candidats au Prix international de Transparency, en témoigne fortement. Ils ont tout simplement perdu leur moyen de subsistance pour avoir dénoncé la corruption dans le système judiciaire. Nous avons également une autre avocate, membre de l'Association, qui est également poursuivie à Casablanca pour les mêmes faits
Finalement, quelles sont les mesures concrètes que vous attendez du gouvernement Abbas El Fassi pour que la lutte contre la corruption quitte le discours ?
Des progrès ont été faits au niveau du diagnostic. Ils ont également été faits au niveau de la reconnaissance de l'ampleur du fléau tant au niveau des officiels que des associations. Des engagements ont été pris par le Maroc par rapport à la Convention des Nations unies.
Il existe un plan d'action du gouvernement qui a été annoncé. Il en est de même pour l'engagement des partis politiques pris pendant la campagne électorale. Passons tout simplement à la mise en œuvre de tout cela, de manière concertée.
Le taux d'abstention aux législatives de septembre dernier à fortement interpellé ceux de Transparency Maroc. Que faut-il en retenir ?
C'est un gros problème et nous avons vécu ce taux d'abstention comme un grand choc.
On ne peut pas construire des institutions comme par exemple un parlement contrôlant l'Exécutif et mettre en place les règles de la bonne gouvernance avec les données que nous avons relevées lors des dernières élections.
Propos recueillis par Narjis Rerhaye
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