FOCUS SUR L'ACTUALITÉ
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Bourse de Casablanca-La place loin des bourrasques: Les éclairages du président de la Bourse (Le Matin 19/09/2008)
Une rencontre informelle, de surcroît programmée depuis quelques semaines, avec le président de la Bourse de Casablanca, est toujours une précieuse opportunité.
A plus forte raison lorsque l'actualité financière, disons crise financière mondiale, survient à ce moment inattendu. Fath-Allah Berrada, président du Directoire de la Bourse de Casablanca a convié, mercredi, quelques membres de la presse autour d'un «ftour» convivial. Ce ne fut ni une conférence de presse, ni un point de presse, ni même un débat formel, mais simplement un échange, une manière de contact chaleureux où viendront se greffer – eût-il voulu l'éviter, qu'il en serait interpellé – les questions du jour, à savoir la crise financière mondiale, caractérisée par les chutes incandescentes de toutes les bourses des grandes places, la faillite de quelques banques d'affaires de New York, la chute conséquente au niveau de l'immobilier, etc.
Fath-Allah Berrada, profession exige, en a certes mesuré les enjeux. Mais il ne s'est pas laissé entraîner dans la démesure, au point de perdre la raison, comme sont tentés de le faire quelques « esprits immatures » prompts à faire nécessairement la corrélation entre l'économie, disons la bourse marocaine et la débandade de Wall Street. Ne dérogeant à sa tradition de prudence, relativisant la portée des événements au niveau marocain, il a exhorté les uns et les autres à la raison. Parce que la réalité du marché marocain, quand bien même elle serait quelque peu secouée, n'autorise ni la panique, ni les slogans de «lundi noir» et le volume des transactions reste celui d'un pays émergent. Notre taille, notre fragilité même est la garante de notre système, serait-il tenté de dire… Avec pertinence, il a rappelé que le meilleur volume quotidien réalisé n'a pas dépassé jusqu'ici 800 millions de dirhams, plafonnant en revanche régulièrement dans les jours ordinaires à quelque 350 millions de dirhams. « Il n'y a pas de quoi fouetter un chat », eu égard aux impressionnantes sommes mises en jeu à Wall Street et sur les autres places qui la suivent.
La Bourse de Casablanca reste objectivement en dehors des bourrasques financières qui traversent la planète. Non qu'elle ne représente pas d'intérêt, bien au contraire. Et Fath-Allah Berrada a plutôt démontré le contraire, mettant en exergue ses potentialités, son dynamisme, le rôle qu'elle joue dans l'épargne, l'investissement qu'elle promeut dans l'économie, le milliard de dirhams qu'elle paye à l'Etat au titre de sa contribution aux impôts, ainsi que son élargissement. Si un certain mouvement sensible s'est fait sentir au niveau des opérateurs, entre lundi et mardi, ce qu'il a qualifié de « paquet qui a bougé » et dont certains esprits, cédant au sensationnalisme, ont cru s'emparer comme s'il s'agissait d'une tendance lourde, il n'avait rien à voir avec la crise financière mondiale, encore moins avec les «subprimes» ou autres questions immobilières internationales.
L'activité de la Bourse de Casablanca n'est donc, et c'est le mot d'ordre, concernée aucunement par les répercussions de la débandade de Wall Street. Persister à soutenir le contraire, c'est de toute évidence soit faire preuve d'angélisme et d'immaturité, soit de se laisser prendre la tête dans les mythologies et les folies de grandeurs.
La place loin des bourrasques
Interview: Fath-Allah Berrada, président de la Bourse
Le marché marocain a gagné en maturité
Le Matin : La tempête boursière internationale continue et les autorités monétaires du monde s'inquiètent. Quelle leçon peut-on tirer au Maroc de la faillite d'un système qui, pour sauver ses structures et ses hommes, est acculé à une orthodoxie, à la banque de détails et à l'économie réelle?
Fath-Allah Berrada : Tout d'abord, je tiens à préciser que le Maroc et les Etats-Unis ne disposent pas du même ‘'business –model''; la procédure d'octroi et de refinancement des prêts immobiliers au Maroc est complètement différente de celle des Etats-Unis.
Par conséquent, la crise des «subprimes» est spécifique aux USA, même si elle a négativement influé sur l'Europe à cause notamment du mode de refinancement des banques américaines. Aussi, malgré la baisse des cours des valeurs immobilières à la Bourse de Casablanca, le secteur de l'immobilier marocain se porte bien. Car les besoins en logements restent importants dans toutes les catégories et les crédits immobiliers octroyés par les banques sont exclusivement hypothécaires, donc à faible risque , comme le prouve d'ailleurs le taux d'incidence qui reste très faible.
Comment la Bourse de Casablanca, de par sa nature, sa spécificité, le volume de ses transactions et ses acteurs, prévoit-elle l'avenir face à ces crises répétitives?
Je persiste à dire, qu'en tant qu'entreprise de marché, la Bourse de Casablanca doit être préparée à toutes les situations, aussi bien euphoriques que de crise. A cet effet, nous avons mis en place des outils performants qui favorisent la transparence et l'intégrité du système financier.
D'ailleurs, notre nouveau Règlement général a apporté les dispositions nécessaires qui permettent une amélioration substantielle du fonctionnement de la Bourse de Casablanca et une plus grande efficience du marché. Par ailleurs, la crise des années 2001, 2002, 2003 et 2004 a permis au marché marocain de devenir plus mature. Nous avons connu la crise et nous savons que nous pouvons y faire face. Nous aurons tort de comparer la Bourse de Casablanca aux Bourses internationales, actuellement en crise car chaque marché a ses spécificités propres et donc un comportement unique. Enfin, je suis convaincu que la plus efficace des stratégies est d'inciter les entreprises cotées à assurer une communication financière régulière et d'informer le petit porteur afin d'éviter la panique et calmer le marché.
Il est vrai que les entreprises cotées qui réalisent de bonnes performances ne communiquent pas assez auprès de leurs actionnaires, surtout les petits porteurs. Il ya un réel effort à faire de la part des sociétés cotées à ce sujet, afin de pallier cette carence en information financière.
Avez-vous vraiment vécu un «lundi noir», comme n'ont cessé de le dire et de l'écrire certains analystes financiers ou s'agit-il simplement d'un effet de mimétisme aggravé ? Et quelles sont les perspectives au niveau marocain ?
Parler d'un ‘'lundi noir'' renvoie dans notre mémoire au ‘'jeudi noir'' de Wall Street en 1929. Or, il n'en est rien à la Bourse de Casablanca, nous ne sommes pas en 1929 et il s'agit d'un vent de panique passager.
Je préfère, donc, dire une réalité : nos indicateurs ont marqué une baisse prononcée par rapport à leur évolution globale au cours de l'année. Nous avons pu, grâce à l'implication de notre ministère de tutelle et de l'ensemble des professionnels de place de dépasser ces moments d'émotion et gérer cette situation pour que la place casablancaise reprenne des couleurs. Cela dit et dans le contexte actuel, nous pensons qu'il serait judicieux que l'ensemble des professionnels du marché communiquent pour expliquer une situation des plus simples: le marché boursier marocain a extrêmement gagné en maturité, en transparence et en équité durant des 5 dernières années; les indicateurs casablancais réalisent, depuis 4 années consécutives, des performances très significatives. Et la correction actuelle est certainement très salutaire dans la mesure où elle permettra une bonne reprise du marché qui avait tendance à connaître une certaine atonie ces dernières semaines.
Par Hassan Alaoui | LE MATIN
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