Sahara occidental: Intense affrontement diplomatique dans les couloirs de l'ONU (AFP 28/04/2002)
Le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidentalqui arrive à échéance mardi fait l'objet d'un intense affrontement diplomatique dans les couloirs du Conseil de sécurité.
Signe de la tension qui met face à face le Maroc et l'Algérie et leurs soutiens respectifs, l'émissaire spécial du secrétaire général Kofi Annan pour le Sahara, James Baker, ancien secrétaire d'Etat américain a, selon des sources diplomatiques concordantes, menacé de démissionner si un projet de résolution, jugé inacceptable par le gouvernement algérien, n'était pas adopté.
Ce projet de résolution présenté par les Etats-Unis investit M. Baker, chargé du dossier depuis 1995, de l'autorité lui permettant d'élaborer et de mettre au point - au besoin sans l'accord des parties concernées - une solution basée sur l'autonomie de l'ancienne colonie espagnole.
"Seule une solution unanimement acceptée par le Conseil de sécurité et acceptée par les parties intéressées peut être raisonnablement mise en place et obtenir la coopération des parties", rétorque l'ambassadeur d'Algérie à l'ONU, Abdallah Baali, dans une lettre au Conseil de sécurité.
Les suggestions selon lesquelles M. Baker pourrait démissionner s'il n'obtenait pas le mandat qu'il demande, ajoute M. Baali dans ce texte dont l'AFP a obtenu dimanche une copie, constitue "une pression injuste et inacceptable".
L'ambassadeur d'Algérie affirme que sur les 15 membres du Conseil de sécurité, dix sont favorables à la position d'Alger et cinq seulement disposés à voter le projet de résolution.
"C'est vrai que ce n'est pas joué", a commenté dimanche pour l'AFP un diplomate d'un pays favorable au texte d'origine américain. "Il y a encore beaucoup de travail à faire", a-t-il ajouté sous le couvert de l'anonymat.
Le projet de résolution "totalement inacceptable car il reconnaît le fait accompli marocain", selon l'ambassadeur algérien, se fonde sur un rapport publié en février dernier dans lequel M. Annan qualifiait "le futur du processus de paix au Sahara occidental de plutôt lugubre".
Dans ce rapport aux termes inhabituellement sévères pour un document des Nations unies, le secrétaire général soulignait le "haut degré d'animosité" qui existe entre le Maroc et l'Algérie.
Depuis 25 ans, les relations entre les deux pays sont empoisonnées par le Sahara occidental, quelque 260.000 km2 quasi-désertiques, mais dont le sous-sol pourrait contenir d'importantes réserves d'hydrocarbures, envahi et annexé en 1975 par le Maroc.
Le front Polisario, mouvement armé soutenu par l'Algérie, en revendique l'indépendance et un cessez-le-feu, en vigueur depuis 1991, est surveillé par quelques 300 observateurs militaires de la MINURSO.
Le rapport de M. Annan présenté au Conseil de sécurité lors du précédent renouvellement du mandat de la MINURSO fin février dernier identifie quatre possibilités pour sortir du conflit.
La première, un référendum, s'est révélée impraticable essentiellement en raison de l'impossibilité pour les parties de se mettre d'accord sur qui est autorisé à participer au vote.
La seconde, celle privilégiée dans le projet de résolution américain qui circule actuellement, est l'autonomie du Sahara occidental actuellement contrôlé par le Maroc. Elle est inacceptable pour l'Algérie.
La troisième, un partage entre le Maroc et l'Algérie du territoire, après avoir semblé un moment possible, est catégoriquement refusée par le Maroc.
La quatrième, les Nations unies "après plus de 11 ans (d'efforts) et près d'un demi-milliard de dollars (dépensés) reconnaissent qu'elles ne parviendront pas à trouver une solution au problème" et se retirent, est refusée par les membres du Conseil.
Elle n'est pas envisageable, note un diplomate qui fait remarquer que si la note de la MINURSO est élevée ce n'est rien comparé au coût d'une reconstruction après un conflit.
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