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Les Etats-Unis se présentent en nouvel allié du Maroc sur la question du Sahara occidental
(Le Monde 30/04/2002)


Le maroc compte un allié supplémentaire de poids dans sa quête pour faire reconnaître la "marocanité" du Sahara occidental par la communauté internationale. Les Etats-Unis ont en effet pris fait et cause en faveur de Rabat à l'issue de la visite que vient d'effectuer le roi Mohammed VI à Washington. Aux Nations unies, Washington défend désormais l'idée, préconisée par Rabat, d'une "autonomie" octroyée à l'ancienne colonie espagnole, mais dans le cadre du royaume du Maroc.

Ce projet de règlement pour un conflit vieux de plus d'un quart de siècle est aux antipodes de celui jusqu'ici privilégié par les Nations unies. Au nom du principe d'autodétermination, l'ONU a privilégié l'organisation d'un vote au Sahara occidental pour que les Sahraouis - moins d'un demi-million de personnes dont près de la moitié réfugiées en Algérie - choisissent librement entre l'indépendance, prônée par le Front Polisario, ou le rattachement pur et simple au Maroc. Mais des années de querelles sur la composition du corps électoral ont empêché la tenue de la consultation.

Pour sortir de l'impasse, le représentant personnel du secrétaire général de l'ONU, l'ancien secrétaire d'Etat James Baker, avait proposé en juin 2001 un accord-cadre original dans la mesure où il octroyait une autonomie relative au Sahara occidental avant qu'un référendum ne vienne décider du sort définitif de ce désert vaste comme la moitié de la France, riche en ressources halieutiques, en phosphates et, peut-être, en pétrole. Les modalités du vote laissaient peu de chances aux indépendantistes de l'emporter.

C'est ce schéma que les Etats-Unis s'efforcent désormais de faire prévaloir à l'ONU. Depuis une semaine, les diplomates américains ont tenté de rallier à leurs thèses une majorité au sein du Conseil de sécurité. Ils savaient pouvoir compter sur l'appui de la France, laquelle n'a jamais marchandé son soutien à Rabat, et de la Grande-Bretagne.

Pour autant, l'offensive américaine ne semble pas devoir aboutir. Prenant acte du rapport des forces au sein du Conseil de sécurité, Washington a retiré in extremis, lundi 29 avril, son projet de résolution pour imposer l'accord-cadre. Les Etats-Unis devraient se contenter, mardi, de plaider à l'ONU pour que le mandat de la mission des Nations unies déployée au Sahara occidental (Minurso) ne soit pas prolongé au-delà de trois semaines, un délai volontairement court pour permettre à la diplomatie américaine de revenir à la charge. A l'inverse, la Russie présentera une résolution en faveur d'une prolongation de six mois du mandat de la Minurso. De l'avis des diplomates, le conseil devrait couper la poire en deux.

SOUTIEN DE L'ALGÉRIE

Si les Etats-Unis avaient réussi à obtenir du Conseil de sécurité qu'il soutienne l'accord-cadre, le Front Polisario, partisan de l'indépendance du territoire, avait indiqué qu'il demanderait le retrait des troupes de l'ONU du Sahara occidental, ce qui laissait planer la menace d'une reprise des hostilités entre le Maroc et le mouvement indépendantiste, alors qu'un cessez-le-feu existe depuis 1991.

L'échec - peut-être provisoire - de Washington prouve que le Front Polisario est loin d'être isolé sur la scène internationale. L'Espagne, ancienne puissance coloniale, continue à défendre le projet du référendum d'autodétermination sous l'égide de l'ONU. Attendu aux Etats-Unis début mai, le chef du gouvernement espagnol, José Maria Aznar, devrait évoquer le sujet avec le président Bush.

Surtout, le Polisario peut compter sur le soutien de l'Algérie, ménagée par Washington en raison de ses ressources en hydrocarbures. Dans une lettre aux membres du Conseil de sécurité, Alger vient d'ailleurs de rappeler que "seule une solution unanimement acceptée par le Conseil de sécurité et par les parties intéressées peut être raisonnablement mise en place".



La solution d'une partition provisoire


Dans une tribune publiée, samedi 27 avril, par le quotidien espagnol El Pais, un universitaire spécialiste du Sahara occidental, Vicenç Fisas, préconise une autre piste, d'ailleurs avancée par James Baker, celle d'un partage provisoire de l'ancienne colonie espagnole. Le Maroc, avance M. Fisas, récupérerait le nord, qui serait doté d'une large autonomie, tandis que le sud deviendrait une république sahraouie frontalière avec l'Algérie et le Maroc. Bénéficiant de la double nationalité (marocaine et sahraouie), les habitants seraient libres de s'installer dans l'une des deux entités. Au bout de cinq à dix ans, un référendum sous l'égide des Nations unies permettrait de dessiner une solution définitive pour le Sahara occidental : maintien de la partition, indépendance, rapprochement ou intégration au royaume du Maroc. Pendant la période intérimaire, l'armée marocaine quitterait la zone nord, démilitarisée, tandis que les forces sahraouies, au sud, seraient réduites en effectifs, et n'auraient plus qu'un rôle défensif.


Jean-Pierre Tuquoi

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