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  FOCUS SUR L'ACTUALITÉ

Les partis politiques nigériens, leurs leaders respectifs et les pratiques politiques inavouables
(La Roue de l'Histoire du 24 février au 01 mars 2004)


Malgré l’interdiction de création des partis ethniques, régionalistes et religieux, une certaine opinion tend à vouloir imposer des leaders ethniques et régionalistes. La réalité politique actuelle, bien que présentant une grande diversité justifie largement notre appréhension.

En novembre 1990, lorsque la commission de révision de la constitution monopartiste de la 2ème République déposa les résultats de ses travaux auprès du Général Ali Saïbou, Président du MNSD parti-Etat et président de la République
chef de l’Etat, la principale proposition qu’elle avait faite c’était l’autorisation de créer des partis politiques, à l’exception des partis politiques ethnicistes, régionalistes
et religieux. Depuis lors, toutes les constitutions nigériennes,
celles de la 3ème, 4ème et 5ème Républiques, ont repris cette disposition. Les ordonnances et lois portant charte des partis politiques et code électoral ont repris les mêmes idées. Et tous les partis politiques créés dans notre pays depuis le 15 novembre 1990 ont essayé dans leurs textes fondamentaux de respecter ces prescriptions. En théorie et à travers les textes juridiques, il n’y a au Niger aucun parti qui soit ethniciste, régionaliste ou religieux puisqu’aucun d’entre eux n’a confectionné son programme, ses statuts et son règlement intérieur sur cette base. Mais de plus en plus, des discours
ethnicistes et régionalistes sont développés et certains de nos compatriotes, militants politiques se cherchent des leaders
ethniques ou régionaux et régionalistes. Et pourtant encore l’échiquier politique nigérien est ainsi fait que dans chacun de
nos huit (8) départements régionaux, on recense plusieurs ressortissants d’un même département occupant les rôles
des leaders à la tête de leurs partis. De novembre 1990 à la fin de l’année 2003, cette situation de multiplicité de leaders
politiques au sein d’un département donné n’a pas constitué un problème outre mesure. Mais de plus en plus des discours
régionalisants et intolérants sont développés par certains de nos compatriotes, militants de certains partis. En observant la carte politique de notre pays, on découvrira que tous les départements possèdent plusieurs leaders des partis politiques. Il n’y a pas un seul département de notre pays où l’on trouve
qu’un seul leader de parti. Voyons plutôt :
I)- Département d’Agadez : Pour le moment, deux partis politiques sont présidés par des leaders ressortissants de
ce département;
Ce sont :
1)- L’UDPS-Amana, présidé par M.Issouf Bako, un targui de l’arrondissement de Tchirozérine, au nord d’Agadez.
2)- Le PUND-Salama, présidé par M. Akoly Daouel, un targui de la localité d’Ingall dans l’arrondissement de Tchirozérine au sud ouest de la ville d’Agadez. Il faut rappeler qu’à sa création et jusqu’au régime de l’AFC, l’UDPS-Amana avait été présidé par M. Mamane Moussa, originaire d’Agadez.
II)- Département de Dosso : on trouve les leaders des partis suivants :
1)- L’ANDP-Zaman Lahiya, présidée depuis 1992 par le colonel à la retraite Moumouni Djermakoye Adamou, père fondateur du parti.
2)- Le RSV-Ni’ima, parti dirigé par M.Adamou Garba, frère cadet du feu Bello Tchiousso Garba et ressortissant du village de Bara dans le canton de Yélou et l’arrondissement de Gaya. M. Adamou Garba défenseur de l’environnement et un Peulh sédentarisé, maniant très bien la langue Foulfouldé.
3)- Le MPSP-Haské de M. Seybou Moussa Kasseye, transfuge de l’ORDNTarmamoua.
4)- L’UDFP-Sawaba : ce parti a passé des mains de feu Djibo Bakary, de M.Issoufou Assoumane avant de tomber dans celles de M. Ibrahim Bawa Souley de la sous-région de Gaya. Le leader du Sawaba depuis l’an 2001 manie aussi bien la langue Haoussa que le Djerma-Sonraï.
5)- Le PDR (parti de développement et pour le redressement): créé à la suite d’une dissidence au sein de l’ANDP-Zaman Lahiya du colonel Djermakoye. Ce parti est dirigé par M. Moumouni Yacouba. Ce dernier est ressortissant de Dosso de son côté
maternel. Son père le feu Yacouba Issa Koné, installé à Filingué depuis sa retraite est un Burkinabé originaire de la région Sénofo de Banfora. Mais il est considéré comme ressortissant de Dosso.
III)- Département de Diffa : dans le département oriental de notre pays, on recense les leaders des partis politiques
suivants :
1)- Le Daraja, présidé par M. Maïna AriAdji Kirgam.
2)- Le PCP-Chawara, une dissidence du PSDN-Alhéry, est présidé par M. Kazelma Taya. D’ailleurs, le PSDN-Alhéry, formation par excellence du département de Diffa qui lui a donné des députés à la suite des élections de 1993 et 1995, le PSDN donc, n’est plus présidé par un ressortissant de Diffa. Après les Diffalais, le feu Wazir Adji, M. Gremah Gagara et M.Kazelma Taya, le PSDN-Alhéry est présidé depuis l’an 2001 par M. Issaka Labo de Madarounfa dans le département de Maradi.
3)- Le MDP-Alkawali, présidé par M. Maï Manga Boukar depuis la création du parti en 1992.
4)- Le MNSD-Nassara présidé depuis la fin de la conférence nationale par le colonel à la retraite Tandja Mamadou suite au
retrait du Général Ali Saïbou. M. Tandja Mamadou a dû céder la direction de ce parti suite à son élection à la présidence de la
République.
IV)- Le département de Maradi : En début de cette année 2004, les gens de Maradi se retrouvent avec des leaders de
six partis politiques qui sont :
1)- Le PNA-Al’Oumma avec M. Sanoussi Jackou, ressortissant de Kornaka dans l’arrondissement de Dakoro, parti créé en 1997.
2)- L’ORDN-Tarmamoua : depuis la création de ce parti, il est dirigé par M. Mamane Sani Adamou, un professeur du secondaire, originaire de la ville même de Maradi.
3)- Le PSDN-Alhéry, présidé désormais par M. Issaka Labo, un comptable, ressortissant du village de N’Yelwa dans l’arrondissement de Madarounfa. Le centre de gravité de ce parti se trouvait dans le département de Diffa jusqu’en 1999.
4)- Le RSD-Gaskiya créé en janvier 2004 et présidé par M.Cheiffou Amadou, un Peulh ressortissant de Dakoro.
5)- Le PRPL-Nakowa dirigé jusqu’à la fin de l’année 2003 par le feu Alka Almou de Dakoro est actuellement présidé par M.
Kakalé Bakoye de Zinder. Rappelons que depuis novembre 1990,
des ressortissants de Maradi ont présidé des partis politiques. C’étaient : MM. Oumarou Issoufou Garba (président du PPN-RDA, puis du FDN-Mutunci) et le feu professeur Dan Dicko Dan Koulodo, cousin germain du chef de province actuel de Maradi).
V)- Le département de Tahoua : c’est celui dans lequel on recense le moins de leaders politiques possibles. Pour le moment, on connaît :
1)- Le PNDS-Tarayya avec à sa tête M.Issoufou Mahamadou, ressortissant de l’arrondissement d’Illéla.
2)- L’UDSN-Talaka, parti créé à la suite d’un schisme intervenu dans l’UDFPSawaba en l’an 2002. Le responsable numéro 1 de ce parti, M. Issoufou Assoumane est un natif de la ville de Tahoua mais un homme originaire du pays Sonraï de notre pays.
VI)- Le département de Tillabéry : De novembre 1990 à janvier 1996, ce département ne comportait en son sein aucun leader
de parti politique ; mais depuis l’avènement de la 4ème République, le département de Tillabéry voit émerger de son sein
des partis et des leaders comme par exemple :
1)- Le MNSD-Nassara, présidé, après l’élection de M. Tandja Mamadou à la présidence de la République, par un intérimaire,
le professeur Hamidou Sékou de Téra, puis depuis décembre 2001 par M.Hama Amadou de Youri – Kollo.
2)- L’UDR-Tabbat, créé et présidé par M. Amadou Boubacar Cissé dont l’intérim est actuellement assuré par M. Amadou Madougou;
3)- L’UNI – l’indépendant de M. Djibo Ali dit Max de Kirtachi–Kollo, parti créé en 1999.
4)- Le MURNA – Faraha créé et présidé par le Docteur Mamoudou Djibo à la fin de l’année 2003. Ressortissant de Karma–Kollo.
5)- Le PRD-Mahiba de Mamane Mâazou,transfuge du PUND-Salama.
6)- Le MSD-Kaoussara du docteur Ousseini Moumouni, créé en 1999, originaire de Gothèye, arrondissement de Téra.
7)- le CONIR-Hima du professeur Daouda Hamani, transfuge du parti Sawaba, tout comme le leader du MSDKaoussara.
8)- Le MCR – Niger, parti pro-libyen présidé par M. Idrissa Sita
9)- L’UDSR-Martaba, de M. Ibrahim Abdou Badjé.
10)- L’UDP-Aminci, parti présidé jusqu’en 1997 par le feu Bello Tchiousso Garba. Au cours de cette année-là, le parti
fut arraché administrativement et remis à M. Tondi Aboubacar, son ancien SG démissionnaire du parti depuis 1995 et membre
fondateur du PNA-Al’Oumma le 2 février 1997.
VII)- Le département de Zinder : enregistre les partis et leaders suivants :
1)- Le CDS-Rahama avec Mahamane Ousmane depuis 1991 ;
2)- L’ADP-Zumunci avec M. Issoufou Bachard depuis 1991 ;
3)- le FPLN-Chamssya avec Diallo Sabo depuis en 1991 ;
4)- Le PMT-Albarka avec M. Abdoulkarim Mamalo qui a remplacé M. Idi Ango Omar de Maradi.
5)- Le RDP-Jama’a avec le docteur Hamid Algabid, originaire de Belbédji-Tanout.
6)- L’UPDP-Chamoua du professeur André Salifou ;
7)- Le PS-Imani avec M. Mamane Sani Boukary.
VIII)- la communauté Urbaine de Niamey, avec :
1)- Le PPN-RDA présidé par M.Abdoulaye Diori dont le père, le feu Diori Hamani était ressortissant du village de Soudouré et la mère native du village de Togone dans l’arrondissement de Dogon–Doutchi. Mais la principale circonscription électorale de M. Abdoulaye Diori a été jusqu’ici, celle de Dogon Doutchi dans le département de Dosso. Voilà brièvement présentés les leaders
des partis politiques et leurs régions d’origine. Puisque la question ethnique détermine les comportements de nos hommes politiques depuis quelque temps, rappelons ceci :
1)- Parmi les leaders des partis politiques du Niger, on ne trouve pour le moment, aucun arabe, aucun Toubbou, aucun Gourmantché ; ces minorités ethniques sont pourtant bien représentées au sein des partis politiques, du gouvernement, de
l’Assemblée nationale et des autres institutions. Ils ont même huit (8 circonscriptions électorales spéciales taillées à leur
profit depuis la conférence nationale.
2)- L’autre minorité ethnique, celle des Kanouris ou Béribéris est représentée dans l’aréopage des leaders politiques par quatre personnalités qui sont : MM. Kazelma Taya, Maï Manga Boukar, Adji Kirgam Maïna Ari et M. Tandja Mamadou (jusqu’en 1999).
3)- Les leaders politiques provenant de la communauté targuie sont MM. Issouf Bako de l’UDPS-Amana, Akoly Daouel du PUND-Salama, docteur Hamid Algabid du RDP-Jama’a, Mamane Mâazou du PRDMahiba et dans une certaine mesure M.Sanoussi Tambary Jackou qui se trouve à cheval entre les Touaregs et les Haoussas.
4)- Les leaders Peulhs sont MM. Amadou Boubacar Cissé de Say, Hama Amadou de Kourté poulaphone de Youri–Kollo et Cheiffou Amadou de Dakoro.
5)- Les autres leaders, les plus nombreux se répartissent entre les ethnies Haoussa et Djerma-Sonraï.
6)- En termes de domination territoriale et électorale, la situation s’était présentée jusqu’en 1996 de la façon suivante :
a)- le département d’Agadez était majoritairement MNSD-Nassara ; l’UDPSAmana, le CDS-Rahama et le PNDSTarayya occupaient les 2ème, 3ème et 4ème places.
b)- dans le département de Diffa, le MNSD-Nassara venait en tête, suivi du PSDN-Alhéry, CDS-Rahama et du PNDSTarayya.
c)- le département de Dosso constituait un fief incontesté de l’ANDP-Zaman Lahiya talonné par le MNSD-Nassara et le CDSRahama;
d)- Dans le département de Maradi, le CDS-Rahama avec 5 députés sur 13 contre 3 au MNSD et 2 au PNDS-Tarayya, ce qui détermine leurs rangs respectifs.
e)- Dans le département de Tahoua, le PNDS-Tarayya a toujours devancé le MNSD-Nassara et le CDS-Rahama.
f)- Dans le département de Tillabéry, le MNSD-Nassara était nettement majoritaire suivi de l’ANDP-Zaman Lahiya.
g)- Dans le département de Zinder, la domination CDS-Rahama était incontestable avec 7 députés en 1993, 9 en 1995, suivi du MNSD-Nassara avec 2 députés.
h)- Dans la communauté Urbaine de Niamey, le MNSD-Nassara occupait la première place avec 2 députés sur 4 en 1993
suivi du CDS-Rahama avec un et l’ANDPZaman Lahiya avec un député également. En 1999 avec l’apparition du RDPJama’a
du Général Baré sur la scène politique, le théâtre politique changea de décor. Et en l’an 2004 encore, le paysage évolua
avec la naissance d’une dizaine de partis politiques de 1996-1999. Pour conclure, nous pouvons dire que, bien que formellement interdites par les textes officiels de la République, les propagandes politiques sur la base des considérations linguistiques, ethniques et régionalistes
ont en réalité largement dominé la vie politique nigérienne depuis l’instauration du multipartisme dans notre pays en
novembre 1990. Il est temps que les leaders, les militants et militantes des partis politiques se ressaisissent et respectent
scrupuleusement la charte des partis politiques afin d’éviter les déviations dangereuses et les pratiques insidieuses susceptibles de conduire notre pays dans une situation inextricable qui mettrait en danger notre démocratie naissante et l’unité de la Nation.

STJ

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