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Premier homme genré à l’occasion du Cinquantenaire: Apolline Musengeshi propose aux femmes de décorer Joseph Kabila !
(La Prospérité 10/03/2010)


Ce lundi 8 mars, Apolline Musengeshi Musau, Députée Honoraire, est montée au créneau pour décrier les péripéties et vicissitudes dans le vécu de la Femme congolaise. Au cours d’une interview à La Prospérité, Quotidien de Mont Fleuri, elle appelle de tous ses vœux ses congénères à l’éveil, ou mieux, à une mobilisation tous azimuts, pour la mise en application de la « Parité » inscrite dans la Constitution du 18 février 2006. Dans sa robe de politique, Apolline Musengeshi analyse, sans complaisance, la situation du pays. Des élections au Cinquantenaire, en passant par la situation réelle de la congolaise, elle peint, à l’aide de plusieurs encres, le tableau sombre du Congo-Kinshasa. Découvrez-là ! Ses propos sont clairs et limpides. Ils caricaturent la misère et renvoient les autorités à la réflexion. C’est une sorte de bréviaire dans la mesure où elle propose des issues. Au loin, à Top Mikondo, son unité de production située à Kingasani ya Suka, à quelques pas de l’aéroport international de Nd’jili, Musengeshi mieux connue sous sa casquette de Présidente des mamans Ndalamumba, tente de se rajeunir, en mûrissant sur ses idées autour du futur proche de la femme, l’une des pièces maitresses de la famille, cellule de base de la société. A tout prendre, d’un bout à l’autre, elle condamne la somnolence et invite les femmes à sortir de leur torpeur. L’appel de Musengeshi qui ne date pas d’ailleurs d’aujourd’hui, reste une épée de Damoclès suspendue sur la tête de chacune des femmes congolaises intéressées à l’avenir du pays. A la veille des élections, la prise de conscience vaut plus qu’une cure de prière. C’est, à la limite, un ordre ! Lèves-toi, oh femme ! L’heure a sonné. Musengeshi est désormais sur le toit de la maison. Il faut l’écouter et agir, dès maintenant. La Prospérité : Placée sous le signe du Progrès, la Journée internationale de la femme 2010 en RDC s’appesantit sur la Parité Homme- Femme dans un Congo du Cinquantenaire. Que vous inspire cette thématique ? Apolline Musengeshi Musau : Le thème utilisé pour chaque année au niveau national concorde plus ou moins avec le thème international. Mais, aujourd’hui à cause justement du Cinquantenaire de l’indépendance de notre Pays, le thème prend un volume supplémentaire parce qu’il s’agit d’une étape bilan de 50 ans ; la Parité aussi qui a été confirmée dans la Constitution du 18 février 2006. C’est le moment de dresser un bilan, de voir qu’est-ce qui est fait depuis que nous avons inscrit dans la Constitution cette Parité Homme- Femme. Le moment d’évaluer si, elle a été comprise par la population. Est-ce qu’elle a donné des émulations aux femmes pour qu’elles soient plus nombreuses dans la gestion de toutes les affaires de l’Etat. Une évidence est que cette Parité a provoqué un rejet dans le chef des hommes et des femmes qui n’ont pas compris qu’est-ce qu’elle veut dire, cette Parité. Ce thème tombe à propos et moi, je pense que nous devons en faire large diffusion dans la mesure où c’est le moment propice pour les femmes que nous sommes de s’interroger si cette Parité nous a –t-elle conduites au progrès. La Pros : le progrès est-il inscrit dans la Parité ? A.M.M : oui, le progrès s’inscrit dans la Parité dans la mesure où l’humanité est faite de deux individus : l’homme et la femme. Si le Seigneur n’avait pas voulu cette différence de sexe, il aurait créé un homme qui, par on ne sait quel mécanisme, se reproduirait ou perpétuerait sa race comme un oiseau. Mais, il a plu à Dieu de faire cette différenciation de sexe et, a demandé aux deux individus d’assujettir la terre. Cette Parité est inscrite dans la volonté de Dieu. La « Parité » n’est pas synonyme d’une égalité mathématique ; la parité veut dire complémentarité. Chacun a un rôle précis, mais les deux, l’homme et la femme, mis ensemble, ont le rôle de maintenir la terre et de vivre une vie convenable. La Pros : Est-ce cette Parité n’apparaît pas comme un vœu pieux au regard de l’évolution en RDC ? Est-ce qu’elle est respectée ? A.M.M : Là, vous avez raison. Elle n’est pas respectée parce qu’elle n’est pas comprise. Mais, d’une part, je crois en parler parce que j’étais parmi ceux qui se sont battus pour faire inscrire cette Parité dans la Constitution. Il y a eu un manque d’information. On n’a pas pu poursuivre. La loi est passée, la Constitution a été adoptée, on aurait dû poursuivre le chemin, aller vers les populations, continuer à expliquer que la Parité n’est pas une lutte entre les hommes et les femmes. La Parité, c’est la prise de responsabilité. Ce sont les femmes qui doivent comprendre que jusque-là, les hommes ont mené le monde de leur façon, mais les femmes qui, elles aussi, ont le potentiel, la qualité, la compétence, ont un « rien supplémentaire » que le Seigneur leur a donné pour gérer le monde. Elles doivent participer à la vie active pour améliorer la gestion de ce pays. Les hommes et les femmes n’ont pas compris cet aspect des choses. Les politiques et les partis politiques n’ont pas fait le travail qu’ils devaient faire, c’est-à-dire, s’approprier cette loi et mettre en place des mécanismes conséquents. Et, les hommes parce qu’ils font comme cela depuis leur enfance, c’est difficile de les faire changer. C’est difficile. La Pros : Peut-on penser qu’on est retombé dans le vieux crédo de l’Emancipation de la femme ? A.M.M : Oui et non. Oui, parce qu’effectivement sur le terrain, on ne sent pas la volonté de la mise en application de cette Parité. A l’époque de l’Emancipation de la femme, il s’agissait de la volonté politique d’un homme. L’Emancipation de la femme vécue sous la IIème République était la volonté de l’ancien Président Joseph- Désiré Mobutu, de faire de la femme un partenaire au développement de l’époque et de l’émanciper. Mais non, cette fois-ci, tout simplement parce que la Parité est inscrite dans l’actuelle Constitution et qu’on ne peut l’y extirper. Nos enfants et petits enfants ont désormais un instrument juridique sur lequel elles peuvent s’appuyer pour se défendre devant le cas de flagrance, de violence ou, parce qu’on n’a pas donné un poste tout simplement parce que c’est une femme alors qu’elle a des compétences. Ça, c’est différent. Donc, à l’époque de l’Emancipation de la femme, il n’y avait rien. C’était une volonté politique. Mais, aujourd’hui, la loi existe. Et, je ne voie pas quel politique qui va extirper cette disposition de la Constitution, en ce moment. C’est une avancée certaine qui permettra aux générations futures de comprendre les choses afin de s’en servir. La Pros : Et parce que vous l’avez dit, la Parité est l’égalité des chances dans une certaine mesure, c’est-à-dire, la participation de l’homme et de la femme au progrès social. Aujourd’hui dans les Institutions Publiques- qu’il s’agisse du Gouvernement, du Parlement et même de la prochaine CENI,- cette Parité » n’est pas toujours respectée. D’après vous, qu’est-ce qu’il faudrait faire pour que la femme puisse finalement se retrouver ? A.M.M : il sied de noter que la politique est un combat. Les Institutions politiques qui dirigent un Pays sont faites des politiques. Il faut que les femmes se mettent en tête que rien, n’est donné sur un plateau. Cette lutte pour l’égalité des chances doit continuer malgré que les hommes ne comprennent pas. L’erreur commise par les femmes est le fait de n’avoir pas décoré ou primé les hommes « genrés », c’est-à-dire ceux qui ont milité pour l’avènement du genre dans notre société et nous ont aidé à acquérir cette disposition dans la Constitution. J’espère qu’on va les primer à l’occasion des festivités du Cinquantenaire. Parmi ces personnalités, je cite le Président de la République, Joseph Kabila Kabange qui a pesé de tout son poids pour que cette loi soit votée. Vous vous souviendrez de ses inquiétudes de voir absente la femme dans la direction des partis politiques et, nous avions même connu le retard pour la publication d’un Gouvernement simplement, parce qu’il voulait la présence des femmes. Les femmes aussi doivent bouger, se mettre en mouvement. Elles se sont mises ensemble lorsqu’il s’agissait de la rédaction et de l’adoption de la loi. Actuellement, il est l’heure de sa mise en œuvre, malheureusement, elles se sont dispersées. Elles ont oublié qu’il fallait une loi pour la mise en œuvre de la Parité. Ce principe est dans la Constitution, mais s’il n’y a aucune disposition pour sa mise en œuvre, nous serons toujours au même point. Donc, le combat doit être encore plus grand. Si on n’y prend garde, on enregistrera un nouvel échec à la prochaine législature parce que les hommes et les femmes n’auront pas compris que la parité sous-entend la complémentaire et qu’il faut la présence de 2 sexes pour l’amélioration du quotidien et la gestion de la chose publique afin d’atteindre un nouvel élan comme d’autres nations. Il ne faudrait pas que la femme congolaise qui a souffert dans son corps durant les guerres successives et qui a pu prendre en charge sa famille alors ni instruite, ni éduquée ni encore moins préparée à une telle situation, puisse endurer davantage les injustices sociales. Elle doit maintenant être éduquée pour qu’elle quitte le monde de la débrouillardise, dit informel pour un travail digne et productif pour sa famille et sa nation. La Pros : Qui doit prendre ces mesures d’application, est-ce le Gouvernement, le Parlement ou faudrait-t-il que les femmes se mobilisent ? A.N.M : En premier lieu, ce sont les femmes qui doivent se mobiliser pour secouer le gouvernement. Mais aussi, la Ministre du Genre, Femme et Enfant qui doit faire passer au gouvernement cette loi. Elle doit saisir le Premier Ministre pour lui dire qu’il y a une Constitution dans ce pays et celle-ci prévoit la parité. Et lui, en tant que Premier Ministre ne peut pas rester indifférent. Il doit mettre en pratique cette parité et ensuite, quand la loi sera au Parlement, les parlementaires doivent avoir le même entendement sur la notion de Parité. Ceux-ci doivent actionner la machine du changement qui passe par la participation de l’homme et de la femme à la gestion et proposer une loi prévoyant la mise en pratique de cette parité pour qu’elle existe dans les faits. La Pros : Vous l’avez bien dit, la parité implique la participation de la femme dans la gestion des affaires publiques. Quelle lecture faites-vous des prochaines échéances électorales ? A.M.M : J’espère que les prochaines élections se passeront mieux que celles de 2006. Vous savez que quand une nouvelle chose arrive, il y a de l’engouement, les gens s’y pressent sans pour autant maîtriser les méandres de l’affaire. La population a élu ses représentants et durant cette législature, elle observe le comportement de ceux-ci et décèlent les erreurs qui les aideront à voter utile en 2011 pour que ce pays change. Le vote sentimental n’aura pas sa raison d’exister. Moi, je suis optimiste. J’espère qu’aux prochaines échéances électorales, il y aura beaucoup plus de femmes qui seront élues. La population a également compris que dans l’utilité, il y a la femme qui est plus efficace que l’homme tout simplement parce que l’homme est versé dans beaucoup de problèmes, alors que la femme, elle, agit comme mère, comme la maîtresse. Quand la femme choisit de défendre une chose, elle le fait avec amour, de la même manière qu’elle élève ses enfants. La Pros : Restons toujours dans le chapitre des élections. Comment appréciez-vous la reprise à zéro des opérations d’enrôlement des électeurs par la CEI ? A.M.M : Je suis un peu circonspecte parce que cette reprise de ces opérations d’enrôlement des électeurs demande beaucoup de moyens. Quant à bien faire, je me demande si la RDC a de quoi financer ces opérations. Si oui, l’option est salutaire parce qu’elle permet à chacun d’avoir une carte pour être éligible et/ou électeur d’une part, et d’autre part, il y a eu des personnes qui ne se sont pas enrôlées parce que ne comprenant pas l’enjeu de cette opération. Ceci constituera un nouvel élan pour les 50 prochaines années d’indépendance. La Pros : un mot sur le Cinquantenaire ? A.M.M : C’est un moment bilan. Chacun doit se demander ce qu’il doit faire pour son pays dans les jours à venir. Les premières 50 années de l’indépendance ont été mal vécues parce mal parties. Mal parties parce que nos pères qui avaient demandé l’indépendance ne connaissaient pas les enjeux cachés de cette indépendance, ni les mécanismes mondiaux qui conduisent à cette souveraineté. Ils ont demandé une indépendance totale sans savoir qu’économiquement, ils n’avaient pas de moyens pour la gérer. Et, ils se sont laissés flouer depuis longtemps. On a joué avec les ethnies, avec des guerres ethniques, des guerres tribales, les guerres provinciales. Et, ils n’ont pas su. Ils étaient dans une nébuleuse. Mais maintenant que nous sommes aguerris et connaissons qu’il faut d’abord l’indépendance économique avant une indépendance politique, nous allons mieux faire qu’avant. La grande question qu’il faut d’abord se poser aujourd’hui est celle des directives à prendre. Les 50 prochaines années, même si nous n’y serons plus, nous les pensons, néanmoins, meilleures. L’élan du programme de reconstruction du gouvernement à travers les 5 chantiers initiés par le Chef de l’Etat est la preuve de cette amélioration. Nos petits enfants de 5 à 7 ans qui ne savaient pas qu’on pouvait reconstruire ce pays, y croient car, étant des témoins oculaires d’une révolution qui s’annonce. La Pros : Nous vous avons vu diriger les « Ndalamumba ». On a entendu parler du passage des « Mamans Nzango » à Top Mikondo. Qu’en est-il exactement ? A.M.M : L’Association Ndalamumba, est une association ethnique qui rassemble les femmes Songye originaires d’un espace bien déterminé, la future province de Lomami. C’est une association culturelle. Elle a connu le haut et le bas. Au plan culturel du peuple songye, la Ndalamumba qui est disséminée à travers le monde a retrouvé sa dignité d’antan. C’est une pratique coutumière positive qui faisait que la femme songye soit égale à son conjoint et participe aux affaires de la culture. La Pros : Mais, pourquoi Ndalamumba ? A.M.M : Ndalamumba parce qu’elle était une femme d’honneur qui pouvait donner son avis. C’est pourquoi nous disons qu’elle est une pratique coutumière positive. Quelque chose qu’on peut transmettre à toute femme congolaise. L’association se porte bien. Nous venons d’ouvrir, le 1er Mars dernier, un bureau à Mbuji-Mayi, la capitale de la province du Kasaï Oriental. Nous espérons construire un autre bureau à Kabinda dans les jours à venir. Quant aux Mamans Nzango, j’ai eu la chance d’être choisie comme marraine de cette équipe de Nzango. Ces femmes sont venues vers moi, elles vivent à Mikondo où j’ai implanté une unité de production. Elles ont entendu parler de moi, elles m’ont approchée et je suis leur marraine. Je pense bien les conduire pendant les 4 prochaines années. 12. La Pros : Quelle perspective pour la femme congolaise ? A.M.M : La femme congolaise est merveilleuse parce qu’elle a su garder sa dignité, en dépit de la misère, de violences… Fort malheureusement, cette violence est manifeste même dans les provinces dites pacifiques. Une lueur d’espoir se pointe à l’horizon pour la femme congolaise parce qu’on observe un « boom » des filles dans les universités. On se rend compte de l’éveil de la fille et de femme congolaise. Elles décident de se prendre en charge au regard de ce que nous, leurs mères, avons vécu. J’ose croire que ce cinquantenaire va les booster pour leur permettre d’aller encore de l’avant. Propos recueillis par Laetitia Mbuyi

Laetitia Mbuyi

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