AFRICATIME.COM / R.D.C.

Lumumba / La Belgique a laissé la CIA assassiner Patrice Lumumba: Autopsie d’un crime d’État/ Relisons le discours de Lumumba du 30 juin 1960
(Mwinda 17/01/2005)


Au moment où quelques marxistes défroqués d'Afrique centrale hier prétendument engagés dans le combat anti-impérialiste et anticolonialiste s'apprêtent, dans un retournement de veste dont ils ont le secret, à célébrer en grande pompe le colonialisme en faisant passer un explorateur colonialiste pour un " humaniste " il est bon, pour les jeunes générations, de se souvenir que le 17 janvier 1961 disparaissait un symbole de l'émancipation politique africaine : Patrice Lumumba.

Né en 1925 à Katako-Kombé, dans le Kasaï, Lumumba était un orateur hors pair. Son parti, le Mouvement national congolais (MNC) remporta les premières élections et Patrice Emery Lumumba fut élu chef du gouvernement en mai 1960.

Après une mutinerie d'une partie de l'armée et la sécession du Katanga, Kasavubu, le chef de l'Etat, le destitua en septembre 1960. Le 9 décembre 1960, le colonel Mobutu l'arrêta et le fit transférer au Katanga, où il fut assassiné le 17 janvier 1961, à 35 ans. L'exécution de Lumumba scandalisa l'opinion africaine à un point tel que Mobutu - qui sera lui-même (ironie du sort) plus tard enterré dans l'anonymat au Maroc après son renversement du pouvoir, lui qui se vantait qu'on ne parlerait jamais de lui en tant qu' " ancien chef d'Etat " - dut le proclamer héros national et martyr.

Quarante et un ans après les faits la Belgique a présenté, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Louis Michel, ses " excuses " et ses " profonds et sincères regrets " au peuple congolais pour le rôle qu'elle a joué dans la mort du Premier ministre congolais. Ce dernier avait estimé que " certains membres du gouvernement d'alors et certains acteurs belges de l'époque portent une part irréfutable de responsabilité dans les événements qui ont conduit à la mort de Patrice Lumumba ". Il faut préciser qu'une commission d'enquête parlementaire avait auparavant souligné que le transfert de Lumumba au Katanga avait été " organisé par les autorités congolaises de (l'ex) Léopoldville ", avec le " soutien d'instances gouvernementales belges " et que des " acteurs " belges ont oeuvré pour écarter Patrice Lumumba du pouvoir puis participé à sa remise à ses ennemis de la province du Katanga (est), sans se préoccuper de son " intégrité physique " à la suite de ce transfert.

En réalité Lumumba signa son arrêt de mort dès le 30 juin 1960 jour de la proclamation de l'indépendance du Congo.

Lors de cette cérémonie, on entendit successivement trois discours : celui du Roi des Belges, celui du Chef de l'Etat congolais, M. Kasa-Vubu, et - surprenant tout le monde car il n'était pas prévu au programme - un discours de Patrice Lumumba.

Le Roi Baudouin 1er, blessé dans son amour-propre par le discours de Lumumba, rentra humilié en Belgique.

Relisons le discours de Lumumba après celui du Roi Baudouin.

Le discours de Lumumba le 30 juin 1960 (doc pdf)

A lire également ci_dessous:

La Belgique a laissé la CIA assassiner Patrice Lumumba

Atébadzwatsangué




La Belgique a laissé la CIA assassiner Patrice Lumumba: Autopsie d’un crime d’État


La Commission d’enquête de la Chambre des représentants de Belgique a rendu son rapport sur l’assassinat de Patrice Lumumba après un vif débat chez nos voisins du nord. La commission exhonère le pays de toute responsabilité directe, mais admet qu’elle a laissé faire. La Commission s’emploie à faire retomber la culpabilité sur les seuls Katangais et à passer sous silence la responsabilité américaine. Pourtant, dès 1975, la Commission Church du Sénat des États-Unis révélait le complot de la CIA contre Patrice Lumumba.

Une fois de plus, le fantôme de l’ancien Premier ministre congolais fait ressurgir les vieux cauchemars de la Belgique.

Le livre, que Ludo De Witte publia en 1999 sur l’assassinat de Lumumba, jeta une lumière crue sur une période où la mythologie avait largement pris le pas sur la vérité historique. L’écran de fumée qui masqua une politique cynique est en train de se dissiper après 40 années d’occultation efficace. Les menées néocoloniales apparaissent dans leur sordide réalité avec les révélations sur l’assassinat du premier chef de gouvernement du Congo indépendant.

Le destin de Patrice Lumumba est éminemment symbolique : héros de la lutte pour l’indépendance, c’est le jour des cérémonies célébrant celle-ci que Lumumba devient une cible.

Le 30 juin 1960, dans la grande salle du Palais de la Nation à Léopoldville, où se déroule la cérémonie de proclamation de l’indépendance, Patrice Lumumba bouscule le protocole, trouble une image, qui se voulait sereine, de passation des pouvoirs.

Le roi Baudouin prononce un discours au ton paternaliste, dans le style de l’époque, rendant hommage à son arrière-grand-père Léopold II. Le président Joseph Kasa-Vubu répond avec diplomatie. Le Premier ministre Patrice Lumumba prend la parole sur un tout autre ton, faisant voler en éclats la vitre dépolie voilant la réalité.

"Ce que fut notre sort en 80 ans de régime nationaliste, nos blesssures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire ; nous avons connu un travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers."

"Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des Nègres".

Cette façon de ne pas jouer le jeu de la "transition", d’effrayer l’ancien pays colonisateur au point de lui faire craindre de perdre tout contrôle sur le Congo "indépendant", a sans doute scellé le sort du leader nationaliste, d’autant que les actes suivent les paroles.

Moïse, le sauveur !

Le 5 juillet, les soldats congolais de la Force publique (créée en 1886 par Léopold II) se mutinent contre leurs officiers belges. Lumumba démet le général Janssens qui s’oppose à l’africanisation des cadres. Le colonel Joseph-Désiré Mobutu est nommé chef d’état-major. Moïse Tshombe, leader du Katanga, s’oppose à toute africanisation de l’armée et proclame la sécession de sa riche province.

Ce contre-feu allumé ne déplaît pas à la Belgique, qui voit là l’occasion de sauver ce qui peut l’être en attendant mieux. Mieux, ce ne peut-être que la disparition du Premier ministre.

Les États-Unis du président Eisenhower s’inquiètent de voir un crypto-communiste au pouvoir et, avec pragmatisme, envisage un assassinat.

Kasa-Vubu, sous la pression américano-belge, démet de ses fonctions Lumumba, qui, à son tour, annonce qu’il destitue le Président et se voit confirmé dans ses fonctions par la Chambre et le Sénat.

Dans l’urgence, des scénarios sont envisagés à Washington et à Bruxelles.

Kasa-Vubu prétend dissoudre le Parlement congolais, justifiant l’entrée en scène du colonel Mobutu, qui effectue son premier coup d’État le 14 septembre.

Lumumba se trouve au centre d’un cercle formé par ceux qui ont intérêt à sa perte. La CIA, qui a envisagé plusieurs scénarios d’élimination, reste à l’arrière-plan et le comte d’Aspremont-Linden, ministre des Affaires africaines, peut envoyer le 5 octobre 1960 un télégramme, dans lequel il écrit : "L’objectif principal à poursuivre dans l’intérêt du Congo, du Katanga et de la Belgique, est évidemment l’élimination définitive de Lumumba".

Patrice Lumumba vient de perdre le pouvoir et, dans la nuit du 27 au 28 novembre, il s’évade de sa résidence surveillée par les Casques bleus pour tenter de gagner Stanleyville. Il a encore de très nombreux partisans.

Le 2 décembre, Lumumba est arrêté au Kasaï par des soldats de Mobutu et envoyé au camp Hardy à Thysville.

Lumumba, ayant de nombreux partisans dans le pays, étant protégé dans sa cellule par des Casques bleus ghanéens, il faut le transférer dans un endroit sûr. Cet endroit, pour les autorités belges, devait être le Katanga. Tshombe n’est guère tenté par ce "cadeau empoisonné", qui risque de le compromettre. L’insistance du ministre des Affaires africaines, la pression belge ont raison de ses réticences.

La Katanga belge

En ce qui concerne les relations de la Belgique et du Katanga sécessioniste, l’envoyé du sécrétaire général de l’ONU, Dag Hammarskjod, se révèle un témoin précieux. Le 21 juillet, peu de temps après son arrivée, il avait envoyé ce télégramme : "Tshombe est une marionnette manoeuvrée par les Belges : il ne prend aucune décision qui ne soit inspirée par les Belges, ne tient aucune réunion officielle sans la présence d’un Belge et, sans les Belges, n’aurait pu accéder au pouvoir." Hammarskjod a accédé à la demande de Lumumba d’envoyer des Casques bleus pour remplacer les troupes belges, mais n’entend pas s’opposer à l’indépendance de la région, ni aux manoeuvres des Belges.

Le 17 janvier, à 4h30, Lumumba est extrait de sa prison du camp Hardy de Thysville. Il effectuera son dernier voyage en compagnie de Maurice Mpolo, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, et de Joseph Okito, vice-président du Sénat congolais. Victor Nendaka, chef de la sûreté des mobutistes, a réglé les détails avec le colonel Louis Marlière, qui agit depuis Brazzaville, et André Lahaye, ancien commissaire de la Sûreté nationale, dont Nendaka fut un informateur. Nendaka, accompagné de trois soldats Balubas de l’ANC, dont un tortionnaire sadique, connu sous le nom de lieutenant Zuzu, embarque ses colis à bord d’un Dragon qui décolle de la piste en gazon des Cimenteries du Congo.

Les prisonniers sont atrocement torturés dans l’avion même avant leur arrivée à Elisabethville. Avant que l’avion atterrisse, une réunion se termine chez Godefroid Munongo, le ministre des Affaires intérieures de Tshombe, avec le commissaire Frans Verscheure, vrai patron de la police, chargé de coordonner l’opération avec le capitaine Julien Grat, chef de la police militaire d’Elisabethville.

Les prisonniers sont débarqués et battus sous l’oeil des soldats d’un poste de garde de l’ONU.

Les trois prisonniers sont conduits à la "maison Brouwez", l’habitation d’un colon, accompagnés par six Katangais et six Belges, dont le commissaire Verscheure, le capitaine Gat et le lieutenant Michels.

La décision d’exécuter les prisonniers a été prise et, vers 22 heures, un convoi s’est formé, avec des voitures américaines et des Jeeps, pour emmener les trois hommes sur le lieu de leur exécution. Le ministre katangais Godefroid Munongo, Jean-Baptiste Kibwe, Gabriel Kitenge et Moïse Tshombe lui-même font partie du voyage.

C’est Frans Verscheure qui a pris la direction des opérations et organise l’exécution à 50 km d’Elisabethville.

Dans la nuit du 22 au 23 janvier, deux Belges, Gérard Soete, commissaire de police, et son frère vont découper les cadavres à la scie et les faire disparaître dans de l’acide pris à l’Union Minière.

Il ne fallait pas que les partisans de Lumumba trouvent une tombe où venir en pèlerinage.

Alain Van Der Eecken.


----------------------------------------------------------------

Lumumba, l’homme à abattre

La Belgique a joué un rôle central dans l’élimination physique de Patrice Lumumba. Quarante ans après, cette ténébreuse affaire suscite encore bien des questions. Le chercheur flamand Ludo De Witte y répond sans ambages en retraçant une des pages les plus sombres de la décolonisation du Congo.

Les récentes perquisitions ordonnées par la Commission d’enquête Lumumba vous paraissent-elles positives et que peuvent-elles apporter à la vérité ?

Elles sont utiles parce qu’elles permettent d’avoir accès à des documents qu’on n’aurait pas pu avoir d’une autre façon. Par exemple, les carnets personnels du major Weber, aujourd’hui lieutenant-colonel à la retraite, sont d’une importance primordiale dans le contexte politique de l’époque. C’est un témoin clé et un acteur direct de l’action belge au Congo en 1960. Le major Weber était nommé par le commandement en chef de l’armée belge comme conseiller militaire de Moïse Tshombe, le leader katangais sécessioniste. C’est lui qui, de facto, avec d’autres officiers supérieurs belges, dirigeait l’armée katangaise. Tshombe n’était qu’une façade, les décisions stratégiques étaient belges !

Élimination politique, puis physique

Quel fut son rôle dans les événements sanglants touchant Lumumba ?

Weber était présent le soir du 17 janvier 1961, à l’arrivée de Lumumba. Weber a participé à deux réunions entre Belges. On y a discuté de son état pitoyable, en précisant que, si rien n’était fait, Lumumba serait très vite liquidé. Pour finir, ils ont décidé de ne pas intervenir. Pour reprendre la phrase d’un autre participant, Jacques Brassinne, on était sûr qu’il allait mourir et <>. Weber était un des chefs des hommes qui ont gardé Lumumba quelques heures avant sa mort. En termes actuels, j’affirme, de façon non équivoque, qu’il s’agit d’une omission coupable, de non-assistance à personnes en danger dont on sait qu’elles vont être assassinées. Un des officiers belges fait état d’un ordre disant que, si Lumumba était libéré, il fallait l’abattre sur-le-champ !

Reste-t-il beaucoup de témoins encore en vie ?

Absolument. Au moins une trentaine, dont certains très importants. Côté belge, Etienne Davignon, qui était l’émissaire du ministre des Affaires étrangères, Pierre Wigny. L’ambassadeur Jan Vanden Block, André Lahaye, très actif dans la lutte contre le gouvernement congolais. Mais aussi Julien Gat, Frans Verscheure, deux officiers belges. Côté congolais, Victor Nendaka, Jean-Baptiste Kibwe, ministre de Tshombe, qui a assisté à l’exécution. Justin Bomboko, qui vit toujours à Kinshasa, dans le périmètre de l’ambassade belge. Je ne les ai pas tous rencontrés, mais, en revanche, j’ai vu le commissaire belge qui a fait disparaître le corps de Lumumba, Gérard Soete. Les autres ont été interviewés par la VRT/Canvas pour un documentaire auquel j’ai collaboré. J’ai aussi travaillé sur des documents écrits. Il faut noter que la plupart ont accepté de parler, mais c’était avant la parution de mon livre, avant les remous politiques. On croyait que c’était du passé, leur franchise témoigne d’une certaine mentalité régnant à l’époque.

Êtes-vous allé sur place ?

Non, mais je suis le premier à avoir analysé les archives des Nations unies. Je travaille sur ce dossier depuis 7 ans. J’ai aussi consulté les archives du ministère des Affaires étrangères. Certaines sources restent interdites : les héritiers du ministre Wigny n’ont rien transmis au département.

"Tout l’establishment belge de l’époque était impliqué"

Selon vous, la Commission fonctionne-t-elle bien ? On a dit qu’elle avait ralenti ses travaux vu les événements au Congo et l’arrivée du fils Kabila...

Elle a déjà entendu plusieurs témoins, acteurs et experts, de façon informelle. En juin, elle va auditionner une quarantaine de témoins directs. Disons que les premiers résultats sont contradictoires. Il existe certainement une volonté de certains commissaires de connaître toute la vérité. D’autres, comme l’expert Luc De Vos, professeur à l’ERM, ancien militaire, expriment publiquement un parti pris. Exemple : il a dit au J.T. de la VRT que Weber était contre la liquidation ! Il n’a pas encore lu les carnets saisis de Weber que déjà il se prononce ! Je crois que certains veulent aller jusqu’au bout, tandis que d’autres refusent que toute la lumière soit faite ! C’est facile à comprendre pourquoi : tout l’establishment belge était impliqué dans cette affaire et ces piliers sont toujours là. On veut certainement limiter les dégâts politiques !

Si l’on résume votre livre, y eut-il complot belge contre Lumumba, un ordre politique ou plutôt des initiatives personnelles ?

À l’été 60, le gouvernement était d’avis que Lumumba devait être politiquement éliminé. En septembre, après que le président Kasavubu eut démis Lumumba de ses fonctions de Premier ministre, sur pression étrangère, dont celle de Gaston Eyskens, on constate que le ministre belge des Affaires africaines, Harold d’Aspremont Linden, donne le feu vert à l’Opération Barracuda, l’élimination physique de Lumumba car il risquait de reprendre le pouvoir ! Parallèlement, les Américains, via la CIA, avaient décidé la même chose, sur ordre d’Eisenhower. Ces deux opérations ont ensuite été suspendues quand il fut assigné à résidence, puis emprisonné. Les E.U. et la Belgique le croyaient politiquement hors-jeu. Fin 60-début 61, les partisans de Lumumba mènent une offensive foudroyante au départ de Stanleyville et conquièrent la moitié du territoire congolais. Le rapport de forces bascule et c’est la panique. Les Américains avaient retiré leur tueur, seuls les Belges restent sur place. Et ils décident de le transférer au Katanga, chez son ennemi mortel, Tshombe.

L’Opération Barracuda pour s’en débarrasser

Le gouvernement belge voulait garder les mains propres mais agir sans pitié ?

Surtout pas de sang sur les mains. Les Belges étaient là quand on l’a torturé, puis assassiné ; et, quand il fallut fabriquer un scénario de fausse évasion. Mais sans faire apparaître publiquement le gouvernement, agissant pourtant avec les adversaires politiques de Lumumba pour l’éliminer.

Y eut-il entente entre les E.-U. et la Belgique pour s’en débarrasser définitivement ?

Question très intéressante. On peut soupçonner une certaine coopération, notamment parce qu’une opération prend le relais de l’autre...

La thèse du règlement de comptes entre Africains tient-elle selon vous ?

En partie, oui. Bien sûr, la Belgique endosse la responsabilité principale, mais avec la collaboration des Congolais. Lumumba avait une majorité parlementaire et le soutien du peuple, mais il avait aussi une forte opposition, où l’on retrouve notamment Etienne Tshisekedi, mais elle était minoritaire et elle n’aurait jamais pu s’affirmer sans l’intervention étrangère. Weber dit très clairement : "Sans l’intervention militaire belge, les conditions ne seraient pas réunies pour faire éclater la sécession katangaise". Un rapport top secret des Nations unies l’atteste, preuves à l’appui : ce n’était pas une simple affaire intérieure, mais surtout l’affaire de "quelques centaines de Noirs vendus aux Blancs", selon les écrits du colonel Vandewalle. Il fallait "reconquérir le Congo à partir du Katanga. C’était un tête de pont vers le pouvoir central", selon les mots du ministre Wigny. Il fallait remplacer Lumumba par quelqu’un de plus sûr pour les intérêts belges et occidentaux.

Ces intérêts sont économiques, mais aussi ceux des partis : qui désigner ?

Les plus en vue sont les politiciens CVP/PSC. Mais tout le monde était contre Lumumba, y compris socialistes et libéraux. P.-H. Spaak, comme secrétaire général de l’OTAN, a joué un rôle en coulisse. Il y avait une unanimité de vues politiques.

Lumumba étiqueté communiste, rivalité Est-Ouest en Afrique centrale, décolonisation chaotique, mauvaise conscience, tout a contribué à une conspiration du silence !

En ce qui concerne ces aspects, on voit un décalage énorme entre ce qui a été dit dans la presse et les rapports internes. On l’a fait passer pour un communiste, comme un être instable. Dans l’intimité, on ne le considérait pas du tout ainsi : il était favorable à une neutralité positive, ouvert à toute aide sans attaches. L’aide réelle de l’URSS fut très limitée, presque symbolique, malgré une intense propagande. Même l’ambassadeur U.S. admettait que ce n’était "qu’une goutte". Sur la conspiration du silence, elle est très claire. La responsabilité du monde académique y est pour beaucoup. En 75, le colonel Vandewalle avoue enfin, dans ses mémoires, qu’on cherchait à neutraliser physiquement Lumumba dans certains milieux belges. Mais, entre cette date et mon livre, personne n’explore cette piste. Personne ! Aucun chercheur n’a osé aborder ce sujet noir de l’Histoire, peut-être pour ne pas mordre la main qui les nourrissait !.. Exemple, le doctorat de J. Brassinne, qui a reçu la plus grande distinction décernée par des historiens renommés comme J. Stengers ou J. Salmon, et qui manipule des documents en paraphrasant : élimination politique plutôt qu’élimination définitive.

Qui dit élimination de Lumumba, dit avènement de Mobutu

Pourquoi a-t-il fallu tant de temps, pourquoi tant de gêne, voire de dissimulation ?

Parce que, quand on dit élimination de Lumumba, on dit avènement de Mobutu. La Belgique n’a jamais construit une véritable économie nationale au Congo. On a seulement récupéré des richesses pour l’économie belge, de sorte qu’il n’existait pas d’élite congolaise capable de gérer le pays. Seul subsistait un noyau dirigeant autour de Lumumba, formé au feu de la lutte pour l’indépendance. Cette mince alternative civile écartée, ne restait plus que la dictature militaire mobutiste. Tant que Mobutu vivait, donc jusqu’en 97, ce sujet restait très difficile d’accès parce que l’implication du régime en place était beaucoup trop grande. Sa mort a ouvert un espace pour un examen de conscience. Je n’accuse personne, mais il reste d’autres voies de recherches, au Rwanda et au Burundi, où le prince Rwagasoré et le roi Mutara ont connu une mort violente. Ces aspects-là ne sont pas non plus élucidés.

Propos recueillis par Bernard Meeus.

L’assassinat de Lumumba,

par L. De Witte, Ed. Karthala,

dist. Nord-Sud Diffusion, Paris.


----------------------------------------------------------------

Perquisition chez la princesse Lilian

Des enquêteurs de la police fédérale ont perquisitionné au domaine royal d’Argenteuil, où habite la princesse Lilian, la veuve du roi Léopold III. Une première dans l’histoire de la Famille royale belge.

L’affaire Lumumba va-t-elle égratigner la Famille royale belge ? La Commission Lumumba a pris le risque de le donner à croire, en perquisitionnant ce mardi 24 avril au château d’Argenteuil, domicile de la princesse Lilian, seconde épouse du roi Léopold III...

Voilà six mois que piétinent les députés travaillant dans la Commission Lumumba, visant à faire la lumière sur l’éventuelle implication des autorités belges dans l’assassinat du Premier ministre congolais, en 1961.

Ce lundi 23 avril, la Commission a décidé, à huis clos, de faire exécuter divers devoirs d’instruction. Nombreux sont en effet les membres de la Commission qui se disent convaincus que les principaux témoins de l’affaire Lumumba n’ont pas livré à la connaissance des députés tous les documents probants dont ils disposent. D’où six perquisitions et auditions accomplies par quelque 18 agents de la police fédérale, sous la direction du conseiller à la cour d’appel de Bruxelles, Yves Van der Steen.

Premier à avoir été perquisitionné : l’historien Jo Gérard, d’Ixelles. Cet ancien journaliste est soupçonné par les membres de la Commission Lumumba d’avoir organisé l’assassinat du Premier Ministre congolais. Toujours selon leurs hypothèses, Joseph Gérard aurait disposé d’un budget pour organiser le meurtre et payer les tueurs. L’ex-journaliste aurait eu le projet de faire dissoudre le corps de Patrice Lumumba dans de l’acide. Les enquêteurs de la police fédérale ont pu prendre possession d’une partie des archives personnelles de Joseph Gérard.

Autre personnage clé : Victor Nendaka, qui vit aujourd’hui à Uccle, mais qui dirigeait la Sûreté congolaise au moment des faits. Les policiers ont saisi à son domicile tous les documents relatifs à Lumumba, ainsi qu’un ordinateur. Ce témoin congolais passe, aux yeux des membres de la Commission, pour être très bien informé sur les événements de 1961. Mais il s’est toujours défendu d’avoir été un acteur de l’assassinat. Ce citoyen congolais, qui était en train de rédiger un livre sur l’affaire Lumumba, se dit choqué par la perquisition qu’il a subie, car il estime que les documents qui ont été saisis appartiennent au peuple congolais et qu’ils relèvent du secret d’État.

Les enquêteurs ont également mené une perquisition chez Fernand Vervier, d’Uccle. Il s’agit d’un collaborateur du ministre des Affaires africaines, dans les années soixante : d’Aspremont Lynden. Selon une hypothèse évoquée à la Commission, cet homme se serait occupé des deux millions de francs destinés au paiement des assassins de Lumumba. Cette somme aurait été inscrite sur un compte de la banque Belgo-Congolaise. Cette banque existe aujourd’hui sous le nom de Belgolaise, et se trouve au Cantersteen, au centre de Bruxelles. Les locaux de cette banque ont également été perquisitionnés dans l’espoir de trouver un éventuel "compte-Lumumba".

La police a également perquisitionné à Zaventem, chez la fille de Gérard Soete, décédé depuis peu, l’homme qui avait conservé... les dents de Lulumba. Là, les policiers ont mis la main sur d’abondantes archives des années 60.

Aide de camp de Léopold III

Les enquêteurs se sont enfin intéressés au colonel Guy Weber, qui a été l’aide de camp de Léopold III et qui est toujours au service de la princesse Lilian, mais qui n’était pas encore attaché à la Cour au moment de la mort de Lumumba. Le colonel Weber occupe toujours un bureau au château d’Argenteuil. C’est le colonel Weber qui gère, pour Lilian de Réthy, l’accès des historiens aux archives personnelles de Léopold III.

C’est à Argenteuil que les enquêteurs sont venus chercher le colonel Weber, à la recherche de différents agendas où le colonel aurait noté des propos "cyniques" relatifs à l’affaire Lumumba. Les enquêteurs ont demandé au colonel Weber de les suivre à son domicile privé, à Waterloo, pour une perquisition visant à mettre la main sur ces agendas. Puis, ils l’ont raccompagné à Argenteuil.

Il semble que les policiers avaient l’espoir de mettre la main sur les archives personnelles de Léopold III, qui pourraient potentiellement révéler des éléments sur les événements congolais. D’une certaine manière, on peut penser que les enquêteurs lançaient ainsi, en quelque sorte, un ballon d’essai en direction d’Argenteuil... pour évaluer l’impact qu’aurait une véritable perquisition.

Normalement, les documents privés de Léopold III auraient pu être joints depuis longtemps aux archives royales de Bruxelles, qui sont, elles, accessibles aux chercheurs après cinquante ans. La princesse de Réthy a toujours refusé de s’en séparer. Ce qui est au coeur de la polémique actuelle.

Peut-on perquisitionner à Argenteuil ? D’un point de vue strictement constitutionnel, rien, théoriquement, ne s’y oppose. D’autant que Léopold III, lui-même, avait exprimé le voeu que son second mariage n’ait pas de prolongements "constitutionnels". En quelque sorte, la princesse Lilian n’appartient pas au sens strict du terme à la Famille royale.

Il faut toutefois admettre qu’une véritable perquisition, visant à mettre la main par la force sur les archives privées de Léopold III, provoquerait un séisme dans la monarchie belge.

La Commission Lumumba ne peut-elle obtenir de meilleurs résultats à Argenteuil, par la voie diplomatique ?

http://www.confidentiel.net/article.php3?id_article=81&var_recherche=lumumba



Le 30 juin 1960
Allocution de S. M. Baudouin 1er, Roi des Belges


Monsieur le Président
Messieurs,
L’indépendance du Congo constitue l’aboutissement de l’oeuvre conçue par le génie du Roi
Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuité avec persévérance par la
Belgique. Elle marque une heure décisive dans les destinées non seulement du Congo luimême,
mais, le n’hésite pas à l’affirmer, de l’Afrique tout entière.
Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils, d’abord pour
délivrer le bassin du Congo de l’odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations
ensuite pour rapprocher les unes des autres ethnies qui, jadis ennemies, s’apprêtent à
constituer ensemble le plus grand des Etats indépendants d’Afrique, enfin pour appeler à
une vie plus heureuse les diverses régions du Congo que vous représentez ici, unies en un
même Parlement. En ce moment historique, notre pensée à tous doit se tourner vers les
pionniers de l’émancipation africaine et vers ceux qui après eux, ont fait du Congo ce qu’il
est aujourd’hui. Ils méritent à la foi NOTRE admiration et VOTRE reconnaissance, car ce
sont eux qui consacrant tous leurs efforts et même leur vie à un grand idéal, vous ont
apporté la paix et ont enrichi votre patrimoine moral et matériel. Il faut que jamais ils ne
soient oubliés, ni par la Belgique, ni par le Congo.
Lorsque Léopold II a entrepris la grande œuvre qui trouve aujourd’hui son couronnement, il
ne s’est pas présenté à vous en conquérant mais en civilisateur. Le Congo, dès sa fondation,
a ouvert ses frontières au trafic international, sans que jamais la Belgique y ait exercé un
monopole institué dans son intérêt exclusif. Le Congo a été dotés de chemins de fer, de
routes, de lignes maritimes et aériennes qui, en mettant vos populations en contactes unes
avec les autres, ont favorisé leur unité et ont élargi le pays aux dimensions du monde.
Un service médical dont la mise au point a demandé plusieurs dizaines d’années, a été
patiemment organisé et vous a délivré de maladies combien dévastatrices. Des hôpitaux
nombreux et remarquablement outillés ont été construits. L’agriculture a été améliorée et
modernisée. De grandes villes ont été édifiées et à travers tout le pays, les conditions de
l’habitation et de l’hygiène traduises de remarquables progrès. Des entreprises industrielles
ont mis en valeur les richesses naturelles du sol. L’expansion de l’activité économique a été,
considérable, augmentant ainsi le bien-être de vos populations et dotant le Pays de
techniciens indispensables à son développement.
Grâce aux écoles des missions, comme à celles que créèrent les pouvoirs publics,
l’éducation de base connaît une extension enviable ; une élite intellectuelle a commencé à
se constituer que vos universités vont rapidement accroître.
Un nombre de plus en plus considérable de travailleurs qualifiés appartenant à l’agriculture,
à l’industrie, à l’artisanat, au commerce, à l’administration, font pénétrer dans toutes les
classes de la population, l’émancipation individuelle qui constitue le véritable base de toute
civilisation.
Le grand mouvement d’indépendance qui entraîne toute l’Afrique a trouvé auprès des
pouvoirs belges, la plus large compréhension. En face de désir unanime de vos population
nous n’avons pas hésité à vous reconnaître dès à présent cette indépendance.
C’est à vous, Messieurs qu’il appartient maintenant de démontrer que nous avons eu raison
de vous faire confiance.
Dorénavant, la Belgique et le Congo se trouvent côte à côte deux Etats souverains mais liés
par l’amitié et décidée à s’entraider. Aussi, nous remettons aujourd’hui entre vos mains tous
les services administratifs, économiques, techniques et sociaux ainsi que l’organisation
judiciaire, sans lesquels un Etat moderne n’est pas viable. Les agents belges sont prêts à
vous apporter une collaboration loyale et éclairée.
Votre tâche est immense et vous êtes les premiers à vous en rendre compte. Les dangers
principaux qui vous menacent sont : l’inexpérience à se gouverner, les luttes tribales, qui
jadis ont fait tant de mal et qui, à aucun prix, ne doivent plus considérable de reprendre
l’attraction que peuvent exercer sur certaines régions des puissances étrangères prêtes à
profiter de la moindre défaillance.
Vos dirigeants connaîtront la tâche difficile de gouverner. Il leur faudra mettre au premier
plan de leurs préoccupations, quel que soit le parti auquel ils appartiennent, les intérêts
généraux du pays. Ils devront apprendre au peuple congolais que l’indépendance ne se
réalise pas par la satisfaction immédiate des jouissances faciles, mais par le travail, par le
respect de la liberté d’autrui et des droits de la minorité par la tolérance et l’ordre, sans
lesquels aucun régime démocratique ne peut subsister.
Je tiens à rendre ici un particulier hommage à la Force Publique qui a accompli sa lourde
mission avec un courage et un dévouement sans défaillance. L’indépendance nécessite de
tous des efforts et des sacrifices. Il faudra adapter les institutions à vos conceptions et à vos
besoins, de manière à les rendre stables et équilibrées. Il faudra aussi aussi former des
cadres administratifs expérimentés, intensifier la formation intellectuelle et morale de la
population, maintenir la stabilité de la monnaie, sauvegarder et développer vos organisations
économiques, sociales et financières.
Ne compromettez pas l’avenir par des réformes hâtives et ne remplacer pas les organismes
que vous remet la Belgique, tant que vous n’êtes pas certains de pouvoir faire mieux.
Entretenez avec vigilance l’activité des services médicaux dont I’interruption aurait des
conséquences désastreuses et ferait réapparaître des maladies que nous avions réussi à
supprimer. Veillez aussi sur l’oeuvre scientifique qui constitue pour vous un patrimoine
intellectuel inestimable. N’oubliez pas qu’une justice sereine et indépendante est un facteur
de paix sociale; la garantie du respect du droit de chacun confère à un Etat dans l’opinion
internationale, une grande autorité morale.
N’ayez crainte de vous tourner vers nous. Nous sommes prêts à rester à vos côtés pour
vous aider de nos conseils, pour former avec vous les techniciens et les fonctionnaires dont
vous aurez besoin.
L’Afrique et l’Europe se complètent mutuellement et sont appelés en coopérant au plus
brillant essor. Le Congo et la Belgique peuvent jouer un rôle de première grandeur par une
collaboration constructive et féconde, dans la confiance réciproque.
Messieurs,
Le monde entier a les yeux fixes sur vous. A l’heure où le Congo choisit souverainement son
style de vie, je souhaite que le peuple congolais conserve et développe le patrimoine des
valeurs spirituelles, morales et religieuses qui nous est commun et qui transcende les
vicissitudes politiques et les différentes de race ou de frontière.
Restez unis, et vous saurez vous montrer dignes du grand rôle que vous êtes appelés à
jouer dans l’histoire de l’Afrique.
Peuple congolais,
Mon pays et moi-même, nous reconnaissons avec joie et émotion que le Congo accède ce
30 juin 1960, en plein accord et amitié avec la Belgique, à l’indépendance et à la
souveraineté internationale. Que Dieu protège le Congo.
© Copyright " Le Palmarès ".
30 juin 1960
Intervention de Patrice-Emery Lumumba
Congolais et Congolaises,
Combattants de l’indépendance aujourd’hui victorieux,
Je vous salue au nom du gouvernement congolais,
A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de
ce 30 juin 1960, une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos
coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que
ceux-ci, à leur tour, fassent connaître à leurs enfants l’histoire glorieuse de notre lutte pour la
liberté.
Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la
Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne
pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise
(applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans
laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, nos souffrances, ni notre
sang.
Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond
de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin a
l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.
Ce que fut notre sort en 80 ans de régime coloniale, nos blessures sont trop fraîches et trop
douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire; Nous avons
connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de
manger à notre faim; ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants
comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et
soir parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un Noir on disait « tu », non certes
comme un ami, mais parce que le « vous » honorable était réservé aux seuls blancs ?
Nous avons connu que nos terres fussent spoliées au nom de textes prétendument légaux
qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était
jamais la même selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir, accommodante pour les uns,
cruelle et inhumaine pour les autres.
Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou
croyances religieuses, exiles dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort
elle-même.
Nous avons connu qu’il y avait des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes
croulantes, ni dans les magasins dits européens, qu’un Noir voyageait a même la coque des
péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe. Qui oubliera enfin les fusillades où
périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus
se soumettre au régime d’une justice d’oppression et d’exploitation (applaudissements).
Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous que
le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons
souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le
disons tout haut, tout cela est désormais fini.
La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains
de ses propres enfants.
Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte
sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Nous allons
établir ensemble la justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de
son travail (applaudissement) Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir
quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de
l’Afrique tout entière.
Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants.
Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et
nobles.
Nous allons mettre fin à l’oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens
jouissent pleinement des libertés fondamentales prévues dans la Déclaration des Droits de
l’homme (applaudissements). Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle
qu’elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et
son dévouement au pays.
Nous allons faire régner non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des
coeurs et de bonnes volontés (applaudissements).
Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter non seulement
sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l’assistance de nombreux pays
étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque fois qu’elle sera loyale et ne
cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit (applaudissements).
Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l’histoire, n’a pas essayé de
s’opposer à notre indépendance est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité
vient d’être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette
coopération, j’en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant
vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis.
Ainsi, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, le Congo notre chère république que mon
gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions
sans retard à ce but, vous tous législateur et citoyens congolais, je vous demande de m’aider
de toutes vos forces.
Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de
nous faire mépriser à l’étranger. Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon
gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales
et démocratiques.
Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de
notre grandiose entreprise.
Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos
concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse
à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République. Si par
contre, leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la
prospérité de notre pays. L’indépendance du Congo marque un pas vers la libération de tout
le continent africain.
(applaudissements).
Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de ma
race, mes frères de lutte, ce que j’ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour
magnifique de notre indépendance complète et souveraine (applaudissements).
Notre gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. J’invite tous les
citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, de se mettre résolument au travail en vue
de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.
Hommage aux combattants de la liberté nationale!
Vive le Congo indépendant et souverain !
(Applaudissements prolongés).
" Le Palmarès ".

http://www.mwinda.org/article_nouv-site/lumumba.pdf


© Copyright Mwinda

Visiter le site de:Mwinda