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Des solutions controversées pour réinstaller les sinistrés des séismes (IPS 27/02/2008)
KIGALI, (IPS) - Après les séismes qui ont secoué la région du sud-ouest du Rwanda, les autorités sensibilisent les communautés affectées à cohabiter avec les catastrophes naturelles. Mais, les populations déplacées craignent de retourner dans leurs villages tant qu'il n'y aura pas une garantie les rassurant contre d'autres éventuels désastres naturels.
Godeleive Nyiramirimo, 48 ans, ouvrier agricole à Nyamasheke, un district du sud-ouest du pays, qui a perdu trois de ses proches dont deux enfants dans le sinistre, estime que la période difficile des secousses naturelles est peut-être finie, mais redoute de regagner son village. Il déplore l'inefficacité des conditions de réinstallation dans cette région sévèrement touchée par un violent tremblement de terre.
Un séisme de magnitude 6 sur l'échelle de Richter, a frappé le sud-ouest du Rwanda et l'est de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, le 4 février, suivi d'autres secousses de moindre intensité : de magnitude 4 à 5. Selon un bilan officiel établi par les autorités administratives locales, les séismes ont fait 45 morts et quelques centaines de blessés graves dans les deux pays.
Des sismologues de l'Observatoire vulcanologique basé à Goma, dans l'est de la RDC, ont enregistré environ 210 secousses telluriques entre le 11 et le 17 février, selon le Premier ministre rwandais, Bernard Makuza qui estime que la situation des populations déplacées est considérée comme très préoccupante pour les autorités des deux pays des Grands Lacs, en Afrique centrale.
Mais les populations déplacées, qui sont actuellement installées temporairement dans un camp de transit de Gihundwe, dans le sud-ouest du Rwanda, manifestent leurs inquiétudes face à un nouveau désastre, malgré les appels répétés des autorités qui invitent les communautés locales à apprendre à cohabiter avec ce type de catastrophes.
"Nous avons opté de minimiser les éventuelles pertes en vies humaines des catastrophes par le choix de constructions et d'infrastructures adéquates pour la région", affirme à IPS, Jean Pierre Turatsinze, maire de Rusizi, un district sud-ouest du Rwanda. "Ces populations n'ont pas d'autres choix en quittant leurs villages. Ils doivent accepter une cohabitation avec ces séismes".
Alors que des villages entiers ont été dévastés par le séisme dans le sud du pays, la colère monte parmi les sinistrés, même si le gouvernement rwandais a débloqué une somme de 9,8 millions de dollars pour la réinstallation des populations déplacées par les catastrophes au Rwanda.
De l'autre côté de la frontière rwandaise, dans la ville de Bukavu, en RDC, plusieurs répliques du séisme ont été ressenties, suscitant la panique parmi des habitants déjà traumatisés, selon des organisations humanitaires sur place.
Sur ce terrain de la désolation dans le sud-ouest du Rwanda, les premières manifestations spontanées sont apparues face à l'absence d'une culture de la prévention des catastrophes naturelles dans le pays.
"C'est de la pure démagogie que nous allons dénoncer car les autorités veulent nous reloger sur des sites dévastés où il y a encore de risque d'une éventuelle catastrophe", a déclaré, amer, Cyriaque Hitabatuma, un paysan âgé de 40 ans environ, originaire du district de Rusizi. "Les populations déplacées sans abri continuent de souffrir, sous les yeux des dirigeants locaux désemparés", a-t-il affirmé à IPS.
Cette opinion est partagée par Alphonse Muhire, un activiste de la société civile basée à Kamembe, une ville sud-ouest du Rwanda. "La situation est grave et les protestations de la population dans ces villages reculés continuent face à la promesse des autorités de fournir une assistance humanitaire suffisante aux sinistrés", a-t-il dit à IPS.
"Comme il manque une concentration des populations dans leur relogement sur des sites dévastés, il faut s'attendre à d'éventuels risques humanitaires face à une éventuelle catastrophe naturelle", a observé Muhire. "Ce séisme leur sert peut-être d'occasion pour exposer leurs mécontentements vis-à-vis des autorités qui les forcent à regagner leurs villages dévastés".
Mais cette allégation est contredite par le Premier ministre rwandais. "Il n'y a aucune raison de forcer ces communautés sinistrées par le séisme à regagner leurs villages", a déclaré Makuza au cours d'une conférence de presse à Kigali, à la mi-février. "La grande difficulté pour apporter une assistance adéquate aux sinistrés réside au niveau d'une absence des mesures de prévention efficaces, mais le gouvernement est en train de faire une évaluation", a-t-il reconnu.
Il a évoqué, par exemple, un plan de construction de bâtiments capables de résister aux tremblements de terre, ainsi que d'autres mesures relatives à l'aménagement du territoire et une bonne occupation des sols, a-t-il ajouté.
"Le Rwanda doit désormais être suffisamment préparé aux catastrophes naturelles et la population des régions à haut risque... sera prévenue des risques encourus", a affirmé Makuza.
Mais, Gaudence Shyirambere, une enseignante dans une école primaire du district de Rusizi, sans vouloir glisser sur le terrain du débat politique sur ce sujet, souligne toutefois que l'Etat n'est pas à la hauteur dans cette région sinistrée et isolée du pays. Elle dit à IPS qu'il est "regrettable de voir les pouvoirs publics réagir seulement une fois qu'une catastrophe survient".
Les plaintes des sinistrés ont conduit le Premier ministre rwandais à exhorter l'ensemble de ses compatriotes à la solidarité en faveur des populations de cette région affectée par les séismes.
"Le gouvernement rwandais réitère son appel à toute personne de bonne volonté à venir en aide aux populations sinistrées par le séisme dans le pays", a déclaré Makuza lors du lancement officiel d'une campagne de mobilisation de fonds, à la mi-février.
Par ailleurs, l'Observatoire vulcanologique de Goma a également annoncé son intention de recourir à la sensibilisation de la population pour lui faire comprendre qu'elle doit désormais apprendre à vivre avec le séisme.
"Le séisme en soi n'est pas un danger à craindre. Mais l'important est d'éduquer la population sur la manière dont elle doit cohabiter avec ces risques de la nature", a expliqué à IPS, Jacques Durieux, un chercheur de l'Observatoire vulcanologique. (FIN/2008)
Aimable Twahirwa 26 fév
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